John Dewey : La quête de certitude

 
par Jean Jacques Bretou

Il semblerait que le pragmatisme soit à la mode. Si cela pouvait convaincre le public de se pencher sur le travail de John Dewey, l’un de ses plus éminents représentants, ce ne serait pas chose vaine. En effet, à travers ses œuvres pour la plupart rééditées dernièrement, on pourrait apprécier toute la force analytique de son pragmatisme rigoureux. Le pragmatisme, rappelons-le, est une méthode de pensée et d’appréhension des idées qui s’oppose aux conceptions cartésiennes et rationalistes. Penser une chose revient à identifier l’ensemble de ses applications pratiques. (On pourra se reporter utilement à l’ouvrage de Jean-Pierre Cometti sur le sujet). Au départ de la théorie de Dewey, il y a la quête de certitude. Les hommes dans un environnement hostile ont besoin de se rassurer. Ils se tournent d’abord vers la sorcellerie, les rituels puis la religion. En même temps, ils élaborent les arts pour employer la nature. Puis la philosophie prend la place de la religion parce que « la Réalité véritable est ontologiquement autonome ». Au XVIIe siècle, date des travaux de Galilée, à l’opposé de la théorie « spectatoriale » de Descartes qui considère les idées comme des « sortes de tableaux », le pragmatisme oppose l’action et la méthode expérimentale utilisée en sciences naturelles. En effet, la science moderne doit composer avec de nouvelles modalités d’enquêtes, établir une séparation entre ce qui est d’ordre cognitif et pratique. L’esthétique laisse la place au contrôle. Dewey préconise de s’en tenir à l’observation et à l’expérimentation, l’action de penser devient une activité. L’intelligence est une manière d’agir. « Nous connaissons quand nous connaissons effectivement ». Plus tard, face au problème que soulève Heisenberg avec son incertitude, le pragmatisme de Dewey conserve toute sa valeur. La tentation pour D. d’établir une théorie générale de la connaissance est grande. Ce qu’il fera notamment sur le plan politique.




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Traduit par Patrick Savidan
Gallimard
« Bibliothèque de philosophie »
335 p., 28,00 €
couverture