Samuel Dudouit : Alain Jouffroy passe sans porte

 
par Tristan Hordé

Samuel Dudouit, poète, anime avec Sanda Voïca la revue numérique Paysages écrits dont une version papier est publiée depuis 2015. Il connaît fort bien l’ensemble de l’œuvre, protéiforme, de Jouffroy et l’histoire littéraire du XXe siècle, et il a fréquenté le poète : sa lecture attentive, aussi bien des textes que de la vie de Jouffroy, aboutissent à un livre documenté qui, à côté des analyses thématiques, offre un portrait complexe de l’homme. Dudouit part de l’expérience de l’enfant, qui a connu pendant quelques jours la guerre d’Espagne et a noté ensuite ses souvenirs ; expérience sans doute cruciale, en liaison avec ce sentiment ensuite que l’existence ne peut être vécue que comme un conflit permanent, que la poésie devait toujours être un « pari vécu », et par conséquence une « machine à faire éclater le sujet ». L’influence de Michaux, celle de Breton et de Bataille et, parmi les peintres, celle de Matta, sont décrites, et tout autant l’importance qu’eurent les séjours en Italie et les trois années passées au Japon, où Jouffroy vit le « surgissement d’un réel impossible à saisir en Occident ». Ses liens avec Tel Quel et la manière dont il a vécu Mai 68, comme sa longue complaisance pour le régime de Castro, sont examinés dans le détail. Deux réserves cependant à cette somme sur un poète peut-être moins lu aujourd’hui : bien des développements auraient pu être raccourcis sans dommage et la qualité de la documentation aurait dû exclure un ton hagiographique trop présent.




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