Miroslav Mićanović : Virgule d’été

 
par Alexandra Seha

Le passé chaud d’un été entre parenthèses parce que souvenir d’un temps passé, toujours là mais loin, voilà ce que nous raconte Miroslav Mićanović dans Virgule d’été. La virgule propose un point d’arrêt, un souffle à prendre et une pause à faire. L’auteur nous arrête sur des virgules. Le quotidien, l’enfance, des passages de vie, des moments pris comme des temps particuliers sont mis en vers, presque sous verre. Cet été nous semble loin et pourtant nous arrivons à le percevoir, à le sentir presque, mais ce n’est qu’une vitrine, un autre temps, un autre monde. Le recueil prend des notes amères et mélancoliques. Ce n’est pas l’été des vacances ni l’été reposant que nous avons sous les yeux. C’est un été doucement triste, lancinant et solitaire.

Se dessinent devant nous des petits tableaux quotidiens éclectiques. Des enfants, des « vieux », des femmes, un jeune homme, une piscine et des étoiles : des parties de vie, des souvenirs qui renaissent. Nous nous promenons lentement dans les souvenirs de l’auteur qui peint des tableaux. La virgule c’est la pause temporelle, un arrêt, une respiration sur le tout dit, le vu, entendu. C’est également arrêter ses yeux sur un brin de réalité, une histoire mise en mot sous le soleil de l’abandon, car l’abandon dans la brise estivale, est omniprésent. Seul au milieu de ces scènes. Et c’est grâce à cette solitude que nous les voyons puisque les yeux de l’auteur, seul, nous invitent à le suivre dans ses contes.

Ce recueil est lent mais nous donne envie de le savourer. Petites histoires après petites histoires se dresse un monde entouré d’une mélancolie doucereuse. La mort, l’abandon prennent des teintes plus douces que l’horreur des questions parfois posées. « Y a-t-il des réponses sûres / à de telles questions / lorsqu’il s’agit de la mort ? »1 Cette question apparaît comme enfantine comme des questions naïves que les enfants posent généralement. Le recueil oscille entre innocence et dureté, ce qui rend les vers plus doux mais aussi plus cruels. Virgule d’été est un conte tragique d’un destin déjà écoulé alors que les questions les plus simples n’ont toujours pas trouvé de réponses. Cruellement tendre.




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L’Ollave
« Domaine croate / Poésie »
76 p., 14,00 €
couverture

1. Miroslav Mićanović, Virgule d’été, traduction par Vanda Miksić et Brankica Radić, L’Ollave, p. 28.