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	<title>CCP &#187; CCP #34-4</title>
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	<description>cahier critique de poésie</description>
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		<title>Ron Padgett, La chambre de Pierre</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Nov 2017 17:43:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[CCP #34-4]]></category>

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				<content:encoded><![CDATA[<div class="panel-grid" id="pg-9680-0" ><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9680-0-0" >&nbsp;</div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9680-0-1" ><div class="panel widget widget_text panel-first-child" id="panel-9680-0-1-0">			<div class="textwidget"><h6><b></b></h6>
</br></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-9680-0-1-1"><div class="textwidget"><p style="text-align: right;"><span style="font-family: BodoniStd;">Traduit par Lola Créïs et Claude Moureau-Bondy</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">À Narbonne, je file tout droit au Novelty, un hôtel bon marché que les routiers aiment bien. Je prends une chambre sans salle de bain pour quatorze dollars. Au bar de l’hôtel, le <em>patron</em><sup>1</sup> parle à un habitué. Je les interromps pour leur demander s’ils connaissent le meilleur chemin pour Moussoulens (“Moo-soo-lahn”). Ils ont l’air perplexe.<br />
– Oh, vous voulez dire “Moo-soo-linz ”, dit le patron.<br />
Il s’appelle Claude Strazzera. Il a un air bougon et une fine moustache.<br />
– Oui, je cherche la ferme où le poète Pierre Reverdy a vécu.<br />
Il m’indique comment rejoindre Moussoulens. Un genre de tournez-à-gauche-puis-à-droite-puis-à-gauche-puis-à-gauche-puis-à-droite-vous-ne-pouvez-pas-le-rater. Je répète ses instructions et me dirige vers ma voiture, mais au moment où j’ouvre la porte, monsieur Strazzera sort en courant et me fait signe de revenir. Il y a un truc qui cloche.<br />
L’habitué et lui sont en plein débat.<br />
– Moussoulens est un lieu-dit, insiste l’habitué, pas un village. C’est juste un point sur la carte. Sans maisons. Suis-je sûr de vouloir aller là-bas ? On ferait mieux de vérifier.<br />
Monsieur Strazzera décroche le téléphone et appelle quelqu’un en ville. Il connaît du monde. « Moussoulens, la maison du poète narbonnais Pierre Reverdy… »<br />
– C’est qu’il y a un autre Moussoulens vous savez, me dit l’habitué.<br />
Hum.<br />
– Et c’est un village, pas seulement un lieu-dit. C’est plutôt vers Carcassonne, en fait. Ça pourrait être celui-là ?<br />
– Je ne sais pas. Tout ce que je sais c’est que la ferme s’appelait <em>la Borio de Blanc</em>.<br />
– Pierre Reverdy – vous avez lu son roman sur Tahiti ?<br />
– Sur Haïti ?<br />
– Non, Tahiti. Il a écrit un roman magnifique sur Tahiti. Il était médecin.<br />
– Pierre Reverdy ? Non, je ne pense pas qu’il ait été médecin. Il gagnait sa vie comme correcteur à Paris. Et je ne crois pas qu’il ait jamais publié de roman sur Tahiti.<br />
– Donc c’est un autre Pierre Reverdy. Le Pierre Reverdy dont je parle était médecin ici à Narbonne. Je connais des personnes qu’il a soignées.<br />
– C’est un nom courant par ici ?<br />
– Non, mais pas rare non plus. Il y a encore des Reverdy dans la région.<br />
Monsieur Strazzera appelle maintenant le poste de police pour obtenir plus d’informations. Pendant ce temps, l’après-midi s’écoule lentement, et je commence à avoir peur que la nuit tombe avant que je puisse rejoindre ce fameux Moussoulens.<br />
– Essayez Carcassonne, suggère l’habitué.<br />
Monsieur Strazzera appelle les renseignements, puis la mairie de Carcassonne.<br />
– Eh oui, nous dit-il, il y a bien un Moussoulens à la sortie de Carcassonne.<br />
– C’est bien ce que je vous avais dit, reprend l’habitué.<br />
Peut-être qu’il y avait un autre Pierre Reverdy, aussi.<br />
– Mais est-ce que c’est bien le Moussoulens où Pierre Reverdy vivait, demande monsieur Strazzera ? Puis il ajoute : J’ai une idée. On va appeler la bibliothèque. Ils savent tout.<br />
Il appelle la bibliothèque.<br />
– C’est Claude Strazzera, Hotel Novelty. J’ai un touriste ici.<br />
Tandis qu’il parle, une phrase me revient à l’esprit : « <em>Au pied de la Montagne Noire*</em>… » Je la dis à voix haute.<br />
– Aha ! s’exclame l’habitué. Si c’est au pied de la Montagne noire, alors c’est sûrement le Moussoulens à la sortie de Carcassonne.<br />
Monsieur Strazzera raccroche. Il ressemble à un chasseur qui vient juste de planter une balle entre les yeux d’un grizzli.<br />
– On a de la chance : à la bibliothèque, il y a une exposition sur la vie de Pierre Reverdy pour le centenaire de sa naissance. Il était de Narbonne, vous savez. Le bibliothécaire dit que vous passiez la voir – la bibliothèque reste encore ouverte deux heures, vous pouvez y aller à pied – et que vous montiez aussi à l’étage voir monsieur Viala, aux Archives Municipales. Il a fait beaucoup de recherches sur Reverdy et il vous aidera à trouver ce que vous cherchez.<br />
En vérité, je n’ai qu’une envie : prendre la voiture et rouler jusqu’à la ferme familiale, mais je n’ai plus le choix maintenant.<br />
– C’est à cinq minutes à pied, ajoute-t-il.<br />
La Bibliothèque Municipale est dans la rue Jean-Jaurès, et le bureau de monsieur Viala est au dernier étage. Sa porte est ouverte. Je passe la tête en frappant légèrement. Il lève les yeux de son bureau. Il a une longue moustache et porte une veste en tweed, un de ces types qui font plus vieux que leur âge. Il doit avoir dans les quarante ans. Une odeur agréable de tabac au miel flotte dans l’air de son bureau au plafond bas et à l’atmosphère vieillotte et confortable. Il sourit, me serre la main, et se lance dans le récit de ce qu’il a découvert sur Pierre Reverdy dans les archives municipales.<br />
– Reverdy est né un vendredi 13, mais il était très superstitieux alors il a toujours donné comme date de naissance le 11 septembre, dit-il en me conduisant à l’étage en dessous vers les vitrines de l’exposition. Voici une photo de la maison où il est né, au 3 boulevard du Collège, qu’on appelle maintenant le boulevard Marcel Sembat. Et voici la maison où il a vécu enfant, 1 rue de l’Ancienne Mairie, aujourd’hui Benjamin Crémieux. Voici son acte de naissance. Il a été rempli par une sage-femme. Remarquez que le nom de la mère est signalé comme « inconnu ». Le père est inscrit sous « Henri Pierre Reverdy », qui est aussi le nom de Pierre. Remarquez que le père n’a pas reconnu Pierre légalement avant ses 6 ans. Et sa mère ne l’a reconnu officiellement que lorsqu’il a eu vingt ans. Voyez ici : elle s’appelait Jeanne Rose Esclopié. Et voici ses papiers militaires. Dans ce questionnaire il dit qu’il n’a pas d’expérience des armes à feu, qu’il ne sait pas monter à cheval, etc. Il répond non à toutes les questions ! Ici, vous voyez qu’il a été réformé, à cause d’une insuffisance cardiaque.<br />
– Ah, donc il n’a pas été démobilisé ?<br />
– Non, il n’a pas été incorporé.<br />
</span></p>
<p><figure id="attachment_9707" style="width: 837px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/1.png"><img class="wp-image-9707 size-full" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/1.png" alt="1" width="837" height="590" /></a><figcaption class="wp-caption-text">Carte de recensement militaire de Reverdy comme membre de la classe de 1909.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Les autres vitrines contiennent des photographies de Reverdy et des exemplaires de ses livres, que j’ai déjà vus pour la plupart. Quelques lecteurs, surtout des jeunes gens, lèvent les yeux vers nous. Nous avons l’air important car nous sommes autorisés à parler à voix haute.<br />
– Pour Moussoulens : revenez dans mon bureau quand vous aurez vu l’exposition.<br />
Et le voilà parti.<br />
Je prends quelques photos des vitrines et, avec une lentille macro, de quelques-uns des documents. Puis je laisse s’écouler une quantité de temps raisonnable avant de remonter dans le bureau de monsieur Viala.<br />
Il décroche le téléphone et appelle les Archives municipales de Carcassonne. Là-bas, son homologue lui confirme que oui, la ferme de la famille Reverdy est à Moussoulens, à la sortie de Carcassonne. Monsieur Viala sort de son bureau et revient avec une carte détaillée de la région de l’Aude, et voici Moussoulens, là, ce tout petit point.<br />
Mais à présent il est trop tard pour y aller, donc je dis merci et au revoir et je sors me promener, voir le lieu de naissance et la maison d’enfance. Je vais d’abord rue Benjamin Crémieux, mais ne trouve pas de numéro 1. On dirait qu’il n’y a que deux numéros. Quelque chose comme 13 et 17. Je demande à plusieurs passants, mais ils ne savent pas non plus. Tout ce qu’ils savent c’est qu’il y a une plaque qui va être posée en l’honneur de Reverdy. Ils l’ont lu dans le journal.<br />
Alors je me mets en route vers sa maison natale. C’est une promenade plus longue mais l’après-midi est agréable, avec ces feuilles voletant ça et là dans la lumière déclinante du soleil. Et là, dans le pâté de maisons derrière l’école qui donnait son nom à la rue, se trouve l’immeuble où Pierre est né, le 13 septembre 1889, il y a exactement cent ans et cinquante jours.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Mais c’est juste un immeuble comme les autres, trois ou quatre étages, de pierre grise, un immeuble français parmi d’autres, avec des voitures garées devant. J’essaie de recréer la scène d’il y a cent ans, mais je ne sais pas à quel étage imaginer les choses. La mère « inconnue », la stupéfiante nouvelle que Pierre était un bâtard, la relation vague entre le père et la mère – tout tourne dans ma tête, effaçant mes constructions imaginaires dès que je les convoque. J’ai besoin d’un café.</span></p>
<p><figure id="attachment_9709" style="width: 864px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/2.png"><img class="size-full wp-image-9709" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/2.png" alt="La maison où Reverdy est né." width="864" height="611" /></a><figcaption class="wp-caption-text">La maison où Reverdy est né.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong>***</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Le lendemain matin, après le petit-déjeuner et beaucoup de mercis, je roule vers Carcassonne, prends une chambre, et me dirige vers Moussoulens, qui est seulement à dix ou quinze minutes de la ville et que l’on trouve facilement avec une carte Michelin.<br />
C’est un petit village endormi, mais son sommeil est encore plus profond aujourd’hui, jour de la Toussaint. Tout est fermé à l’exception de la boulangerie, où j’entre pour demander à la jeune femme la direction de <em>la Borio de Blanc</em>, la ferme de la famille Reverdy, il y a quatre-vingts ans. Elle-même vient d’arriver dans la région, mais peut-être que monsieur Fiche, de l’autre côté de la rue, pourra me renseigner : sa famille habite ici depuis des générations, et il était secrétaire de mairie.<br />
Je traverse la rue et frappe à la porte vitrée. À l’intérieur, un homme s’extrait d’un fauteuil et glisse vers moi dans ses chaussettes.<br />
– Pardon de vous déranger. Je cherche la ferme des Reverdy, <em>la Borio de Blanc</em>, la jeune femme de la boulangerie m’a dit que vous pourriez m’aider.<br />
– <em>Certainement</em>*, dit-il en roulant les r. Il a le même accent que Reverdy, les mêmes cheveux foncés, mais il a l’air plus agréable que n’était censé l’être Reverdy. Vous descendez cette rue jusqu’au monument, puis vous prenez à gauche. Ça vous amènera directement à la ferme. C’est seulement à cinq cents mètres du village. La propriétaire actuelle s’appelle Loisel, madame Loisel.<br />
</span></p>
<p><figure id="attachment_9710" style="width: 945px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/3.png"><img class="size-full wp-image-9710" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/3.png" alt="Le chemin menant à la Borio de Blanc." width="945" height="657" /></a><figcaption class="wp-caption-text">Le chemin menant à la Borio de Blanc.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Ses indications me mènent à une ferme, mais de prime abord je ne suis pas sûr qu’il s’agisse de <em>la Borio de Blanc</em>. Un homme en voiture fait marche arrière pour sortir.<br />
– Excusez-moi, est-ce que je suis bien à <em>la Borio de Blanc</em>, l’ancienne ferme des Reverdy ?<br />
– Je ne sais pas, répond-t-il gentiment, je ne suis pas d’ici. Demandez à l’intérieur.<br />
Avec un peu d’hésitation – mais pas tant que ça, maintenant que j’ai fait tout ce chemin – je m’avance dans l’allée de graviers et appuie sur la sonnette. Rapidement, une femme ouvre la porte. Elle est belle et a l’air intelligent, les cheveux foncés et les yeux marron.<br />
– Excusez-moi de vous déranger, mais je suis un touriste, un touriste américain, un poète en fait, et je cherche la ferme où le poète Pierre Reverdy a vécu.<br />
– C’est ici, dit-elle en souriant. Voulez-vous entrer et visiter ?<br />
– Eh bien, en fait, je ne veux pas vous déranger…<br />
– Mais vous ne me dérangez pas du tout.<br />
– Vraiment ? C’est formidable !<br />
Une fois entré, je me présente plus longuement à madame Loisel. Elle me dit que la ferme est dans la famille depuis que son père l’a achetée il y a plus de cinquante ans. La structure du bâtiment est la même qu’à l’époque où Reverdy y vivait, à l’exception du salon qui a été agrandi par l’abattement d’un mur qui le séparait en deux petites pièces, à gauche et à droite de l’entrée. Et bien sûr, l’intérieur a été modernisé : nouveaux sols, nouvelle cuisine, nouvelles installations dans les salles de bain, tout de très bon goût. La grange attenante a été convertie en appartement. (En fait, les Loisel, membres du réseau des <em>gîtes ruraux</em>*, louent cet espace à des hôtes, comme l’homme dans la voiture auquel j’ai parlé dehors.) Le bâtiment principal est un long ensemble en pierre à deux étages avec un toit en tuiles rouges. Au premier, de part et d’autre d’un couloir, se trouvent les chambres. La première sur la gauche est celle de Pierre, celle qu’il utilisait quand il n’avait pas école et venait pour les vacances.<br />
Nous entrons dans la chambre. Elle fait environ deux mètres cinquante sur quatre, mais j’arrive à peine à la voir, parce que je n’arrête pas de penser, « le petit Pierre s’est endormi ici, dans <em>cette</em> chambre ». Au fond il y a une fenêtre, qui donne sur le devant de la maison, avec vue sur les arbres, les champs et le ciel. Sur la gauche il y a un petit couloir qui menait avant au fenil. Je peux presque sentir les foins et entendre les animaux remuer dans l’étable – ou bien est-ce réel ? Sûrement une vache ou deux, peut-être quelque lapins et des poules dehors, puisque cette ferme était principalement un vignoble. Et l’est toujours. Cette chambre est maintenant celle du petit-fils de madame Loisel.<br />
– Parfois il dormait dans la pièce à côté, la chambre de ses parents, dit-elle.<br />
Nous y jetons un œil, mais elle n’irradie pas autant. Madame Loisel fait un mouvement vague vers la salle de bain au bout du couloir.<br />
Nous redescendons et sortons par la porte de derrière. Les vignes rouges, jaunes et vertes qui montent jusqu’au village semblent palpiter doucement dans la lumière d’automne qui tombe du ciel d’un bleu pur. Un petit vent frais délicieux fait murmurer doucement un grand pin au-dessus de nous.</span></p>
<p><figure id="attachment_9711" style="width: 945px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/4.png"><img class="size-full wp-image-9711" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/4.png" alt="La ferme et la grange mitoyenne vues de face. La chambre de Pierre est sous la cheminée, la première des quatre fenêtres. " width="945" height="668" /></a><figcaption class="wp-caption-text">La ferme et la grange mitoyenne vues de face. La chambre de Pierre est sous la cheminée, la première des quatre fenêtres.</figcaption></figure></p>
<p><figure id="attachment_9712" style="width: 945px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/5.png"><img class="size-full wp-image-9712" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/5.png" alt="Vue de l’arrière de la maison." width="945" height="663" /></a><figcaption class="wp-caption-text">Vue de l’arrière de la maison.</figcaption></figure></p>
<p><figure id="attachment_9713" style="width: 945px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/6.png"><img class="size-full wp-image-9713" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/6.png" alt="La maison de profil." width="945" height="663" /></a><figcaption class="wp-caption-text">La maison de profil.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"> – Cet arbre était-il là quand Pierre vivait ici ?<br />
– Oui, sûrement. Il y en avait plusieurs autres, un par là-bas et un autre là-bas, mais on a dû les abattre après une tempête.<br />
Un homme en bottes de pluie et en habits de <em>gentleman farmer</em> sort de la maison.<br />
– Mon mari, dit madame Loisel.<br />
Nous nous saluons en souriant.<br />
– Je fais quelques travaux dans la maison, explique-t-il.<br />
– Oh, dis-je, mais je me rends compte que c’est un jour férié et que je vous prends tout votre temps !<br />
– Non, pas du tout, vraiment pas, dit madame Loisel.<br />
– Ces vignes sont si belles, dis-je. Est-ce que les limites des terrains sont restés les mêmes ?<br />
– Oui, dit madame Loisel. Elle désigne les frontières de la propriété. Ils faisaient pousser le raisin ici, le vendangeaient, le pressaient – ils faisaient tout. Venez qu’on vous montre les anciennes cuves.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Nous allons voir les cuves dans un grand abri juste derrière la maison. Il est possible que les Loisel, ou peut-être les Français en général, aient une sensibilité pour les cuves à vin que nous, Américains, n’avons pas. Face à mon absence de réaction, madame Loisel dit :<br />
– Pourquoi n’allez-vous pas jusqu’au verger ? Mon mari vous montrera l’endroit où Pierre attachait son âne à l’un des arbres : on voit encore la trace de la corde autour du tronc. Et le renflement au pied de l’arbre sur lequel il s’asseyait.<br />
– Oui, dit monsieur Loisel, j’y vais justement pour traiter les arbres. Voulez-vous m’accompagner ?</span></p>
<p><figure id="attachment_9715" style="width: 945px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/7.png"><img class="size-full wp-image-9715" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/7.png" alt="Le chemin qui mène au verger, vu depuis la maison." width="945" height="1371" /></a><figcaption class="wp-caption-text">Le chemin qui mène au verger, vu depuis la maison.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Madame Loisel retourne dans la maison et je m’engage avec monsieur Loisel le long d’une de ces magnifiques <em>allées*</em> de platanes, d’une soixantaine de mètres de haut. Sur la droite, à peu près au milieu du chemin se trouve l’arbre avec son renflement haut comme un banc et, au dessus, l’anneau creusé à l’endroit où Pierre attachait son âne. L’arbre est mourant, mais monsieur Loisel fait tout son possible pour le sauver. Les vignes sont à droite, et à gauche il y a un ruisseau, avec une vanne qui alimentait autrefois un moulin à grain. Le verger est juste en face. Pendant qu’il continue à traiter les arbres, monsieur Loisel me dit de prendre mon temps pour faire le tour. Je marche jusqu’au ruisseau et trouve l’ancienne porte de l’écluse, aujourd’hui rouillée et je me retourne pour regarder à travers les arbres, dans lesquels les feuilles tremblent et miroitent doucement sur le bleu brillant du ciel. C’est une journée aussi charmante que possible.</span></p>
<p><figure id="attachment_9716" style="width: 879px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/8.png"><img class="size-full wp-image-9716" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/8.png" alt="Le renflement de l’arbre que Pierre était censé utiliser comme banc." width="879" height="616" /></a><figcaption class="wp-caption-text">Le renflement de l’arbre que Pierre était censé utiliser comme banc.</figcaption></figure></p>
<p><figure id="attachment_9717" style="width: 946px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/9.png"><img class="size-full wp-image-9717" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/9.png" alt="Le ruisseau de la propriété, près du chemin du verger." width="946" height="663" /></a><figcaption class="wp-caption-text">Le ruisseau de la propriété, près du chemin du verger.</figcaption></figure></p>
<p><figure id="attachment_9718" style="width: 945px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/10.png"><img class="size-full wp-image-9718" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/10.png" alt="Vue des vignes et de la maison." width="945" height="662" /></a><figcaption class="wp-caption-text">Vue des vignes et de la maison.</figcaption></figure></p>
<p><figure id="attachment_9719" style="width: 946px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/11.png"><img class="size-full wp-image-9719" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/11.png" alt="Vue du paysage depuis les abords de la Borio de Blanc, avec Moussoulens au loin." width="946" height="662" /></a><figcaption class="wp-caption-text">Vue du paysage depuis les abords de la Borio de Blanc, avec Moussoulens au loin.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"> Alors que je me décide enfin à retourner lentement vers la maison, une adolescente courtoise – la fille de Madame Loisel – me dit que sa mère est partie en ville, et qu’elle revient tout de suite. Je déambule autour de la maison pendant un moment, attendant le retour de <em>madame</em>*. Je ne peux pas partir comme ça. Quand elle arrive enfin et sort de la voiture, je remarque qu’elle n’a pas seulement fait des courses, mais qu’elle s’est aussi apprêtée. Jusqu’aux boucles d’oreilles.<br />
– Ça a été merveilleux, cette visite, dis-je.<br />
– Mais entrez donc prendre un verre avec nous, insiste-t-elle.<br />
– Bon, mais juste un petit verre alors.<br />
Dans le salon, nous sommes rejoints par monsieur Loisel, et <em>madame</em>* nous propose différents apéritifs. Nous choisissons une spécialité locale, un apéritif qui ressemble à un vin de porto puissant. Quel que soit son nom, il se boit bien et facilement. Elle se lève pour offrir à chacun un petit plateau de choses à grignoter. Je choisis des chips de pommes séchées, qui vont bien avec le verre. Elle sert aussi son mari qui, après la deuxième tournée, lui dit très poliment, <em>Non, merci beaucoup*</em>. Ça fait longtemps que je n’ai pas vu quelqu’un jouer aussi bien le rôle de la parfaite maîtresse de maison. On se croirait à Tulsa dans les années 1950.<br />
– Mon père possédait cette maison depuis quelques années quand un homme a frappé à la porte en disant qu’il avait vécu ici. C’était Reverdy. Il y avait une femme avec lui, mais il ne l’a jamais présentée. Il a demandé s’il pouvait visiter. Mon père l’a fait entrer. Pierre a couru de chambre en chambre, excité comme un enfant, et il a pris l’allée, est allé voir le vieil arbre, puis il a demandé un verre du vin du vignoble.<br />
Quel que soit ce qu’elle m’a donné à boire, ça fonctionne à merveille. Je me sens réchauffé et légèrement embrumé.<br />
– Ensuite il est parti et il n’est jamais revenu. Il n’a pas dit une seule fois le nom de la femme. Mais d’après ce que mon père a appris plus tard, ce devait être Coco Chanel.<br />
– Oui, dis-je, Reverdy et Chanel étaient… amis.<br />
Monsieur et madame Loisel sourient en entendant ce mot.<br />
– Ce devait être Coco Chanel, dit-elle, elle était petite et tout en noir.<br />
– J’imagine que le village était assez tranquille à l’époque. Il a l’air très très calme aujourd’hui !<br />
– Oh, sourit madame Loisel avec espièglerie, il est calme en apparence, mais si on creuse… Elle agite ses mains, mimant une turbulence. Les gens vous sourient et font comme si tout allait bien, et puis tout à coup ils explosent.<br />
– Comme Reverdy, non ? Il était du genre explosif.<br />
– Oui.<br />
– Une sorte de tempérament espagnol ? Ça va bien avec ses r roulés.<br />
– Tout comme moi, dit madame Loisel. Je suis sûre que j’ai du sang catalan, comme beaucoup de gens par ici.<br />
Elle entreprend de me raconter l’histoire de la région, des Cathares, et de la partie située entre Carcassonne et les Pyrénées. Elle et son mari sont très instruits. Je me demande quel est leur métier.<br />
– Que veut dire <em>la Borio de Blanc</em> exactement ?<br />
– Borio est un vieux mot provençal qui désigne un lieu ou une terre, explique-t-elle. Blanc était le nom de l’homme qui possédait la ferme avant les Reverdy. <em>La Borio de Blanc </em>: la ferme, le domaine des Blanc. Mais en fait on connaît mieux la ferme sous le nom de <em>La Jonquerolle</em>.<br />
– Et la femme de Reverdy, dit monsieur Loisel, que savez-vous sur elle ?<br />
– Je pense qu’elle doit être morte à présent.<br />
– Vraiment ? dit madame Loisel, surprise, nous l’avons vue il y a deux ou trois ans à peine.<br />
– Oh, j’ai dit ça parce que j’ai vu un portrait de Pierre qu’elle avait donné à la Fondation Maeght en 1975, donc j’ai pensé que c’était un leg.<br />
– Non, nous l’avons vue il y a deux ans, à Solesmes, dit <em>madame</em>*. Mais nous ne lui avons pas parlé. Que lui aurions-nous dit ? Qu’on vivait dans la maison où Pierre a grandi ? Et après ? Mais vous, vous aimez Reverdy, vous devriez aller à Solesmes pour la rencontrer.<br />
– Je le ferai, si j’en ai le courage.<br />
Mais c’est pure politesse de ma part. Mes plans de voyage n'incluent pas Solesmes.<br />
La conversation dérive sur les livres de Pierre et les livres sur Pierre. Il y a quelques années un écrivain local a publié un petit livre sur l’enfance de Reverdy.<br />
– Et voici une photo des lieux, tels qu’ils étaient à l’époque.<br />
Elle me tend un livre ouvert à la page de l’illustration.<br />
– J’ai acheté ce livre en 1965, dis-je, et vous n’avez pas idée du nombre de fois où j’ai regardé cette image et me suis questionné sur cet endroit. En vérité, je dois vous dire qu’être ici, pour moi, c’est incroyable, c’est bouleversant.<br />
Peut-être est-ce l’alcool qui me permet de dire ce que je ressens à ce moment.<br />
– Et votre hospitalité me touche beaucoup.<br />
– Tout le plaisir est pour nous, répondent-ils d’une seule voix.<br />
Leurs manières distinguées semblent authentiques : pour eux il est naturel de se comporter comme cela.<br />
– Merci. Et maintenant je dois partir. Il est déjà deux heures !<br />
Et c’est ainsi que nous nous disons au revoir. Quand j’ouvre la porte de la voiture, je me retourne vers la fenêtre de la chambre de Pierre. Qu’il a dû être heureux ici !<br />
</span></p>
<p><figure id="attachment_9720" style="width: 945px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/12.png"><img class="size-full wp-image-9720" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/12.png" alt="La fenêtre de la chambre de Pierre." width="945" height="662" /></a><figcaption class="wp-caption-text">La fenêtre de la chambre de Pierre.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">***</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Je passe le reste de la journée et la nuit à Carcassonne. Le voyage continue comme prévu : à explorer les environs de Cahors et Sarlat, puis Angoulême où je dois rendre la voiture et prendre le train pour Paris. Angoulême : la gare et l’agence de location de voiture sont toutes les deux sur la place principale, ainsi qu’un hôtel qu’on m’a conseillé.<br />
Je range la voiture, achète un billet pour le train du lendemain, puis j’apprends par l’employé qu’il pourrait y avoir une grève. Demain. Alors, après réflexion, je rends le billet, informe l’agence de location que je garde la voiture, et prends la route pour le Nord. Je passerai peut-être la nuit à Tours.<br />
Mais Tours n’est pas si loin du Mans, et le Mans n’est pas si loin de Solesmes. Le paysage s’aplanit tandis que je fonce sur l’autoroute. À Château-du-Loir, je prends une route plus petite qui traverse Vaas, le Lude, la Flèche et Sablé, et soudain je me retrouve à l’entrée de Solesmes, puis immédiatement à la sortie, c’est tellement petit. Je fais demi-tour et reviens en arrière.<br />
Il n’y a pas d’office du tourisme. Il n’y a presque personne dans la rue. Je m’arrête devant le bâtiment qui fait office de mairie et de poste. La mairie est fermée le lundi après-midi, mais dans le petit bureau de poste, je trouve une jeune femme derrière l’unique guichet, occupée à servir un moine dans une robe marron qui sort des paquets et des lettres d’un cabas doré. Il est de l’abbaye bénédictine, l’abbaye Saint-Pierre, l’un des plus célèbres centres d’étude du chant Grégorien au monde. Il met du temps pour effectuer ses nombreuses transactions, cherchant maladroitement dans un vieux porte-monnaie ces malheureux vingt centimes qui doivent compléter une somme approchant les 400 dollars d’affranchissement. Enfin, c’est mon tour.<br />
– Bonjour. J’aurais besoin d’un renseignement. Je cherche la maison où le poète Pierre Reverdy a vécu.<br />
– Je ne sais pas, dit-elle, mais peut-être que ce monsieur pourra vous aider.<br />
Je me retourne vers le moine. Il a les cheveux gris coupés très court, des lunettes à monture en fer, un visage rond, des yeux vifs, intenses, d’une joie secrète. Peut-être est-ce dû au fait qu’il a un pied dans deux mondes différents. En tout cas, son visage brille d’une aura qui le distingue de tous les gens que j’ai croisés pendant ce voyage.<br />
J’explique que je suis un admirateur américain de la poésie de Pierre Reverdy. Il me demande où je loge, et quand je réponds que je ne sais pas encore – je viens d’arriver – il me dit que madame Reverdy ne peut pas m’héberger. Je bondis presque hors de moi et lui dis que je n’espérais rien de tel, que je n’oserais même pas frapper à sa porte ou lui parler. Il semble rassuré, mais continue à étudier profondément mon regard. Je me demande ce qu’il y voit.<br />
– Venez avec moi, dit-il, je vais vous montrer la maison.<br />
Nous parcourons une dizaine de mètres vers l’abbaye, et au coin, il se tourne et montre le bout de la rue.<br />
– C’est la dernière maison sur la droite. Elle vient aux Vêpres tous les jours. Mais ne la dérangez pas s’il vous plait, elle est très âgée, et elle a les traits tirés ces derniers temps.<br />
– Elle doit être <em>vraiment</em> très âgée, dis-je.<br />
– Oui. Voulez-vous vous rendre sur sa tombe, aussi ? Il suffit de descendre la rue, c’est à quelques centaines de mètres. Sur la droite.<br />
– Merci beaucoup.<br />
Il sourit, salue et repart avec son petit caddie.<br />
Au cimetière, je parcours les allées les unes après les autres, en cherchant la tombe. Certaines pierres ne portent même pas de noms. Puis j’avise un homme de l’autre côté du chemin. Il a l’air d’un fleuriste, ou peut-être est-ce le gardien. Je mets mon hésitation de côté et m’avance pour lui demander s’il sait où se trouve la tombe. Oui, la tombe est là quelque part, il en est sûr, mais où ? Il est plein de sollicitude et il a envie de m’aider. Après un moment de recherches hasardeuses, il aperçoit un jeune prêtre qui vient d’entrer, et lui demande son aide. Oui, la tombe est là quelque part, répond le jeune prêtre en souriant, et il se souvient bien l’avoir vue… quelque part. Nous errons tous les trois un moment. Soudain l’homme s’écrie, « <em>Voilà</em>* ! »<br />
Quand je le remercie pour son aide, il répond :<br />
– Il n’y a pas de problème. Je passe beaucoup de temps ici. J’ai perdu ma femme il y a dix-huit mois.<br />
Lui et le jeune prêtre s’éloignent.<br />
Je me penche vers la dalle. Elle est en marbre rouge, basse et lisse, avec des éclats noirs et gris. Sur le dessus, il y a une croix noire, lisse elle aussi, et, incliné au-dessus de la croix, une plaque noire avec le mot MAGNIFICAT. Sur le bord avant du marbre – épais de 9 ou 10 centimètres seulement – les mots HENRI PIERRE REVERDY 1889-1960, bien alignés sur la droite. La gauche doit être réservée à sa femme, Henriette. Henri, Henriette.<br />
Je prends rapidement quelques photos – la lumière d’automne de quatre heures de l’après-midi est belle, mais déclinante – et puis je reste là, à regarder la tombe, et il me vient l’idée étrange que je suis bien plus <em>grand</em> que Pierre. J’ai l’impression que c’est comme si je dominais cette sépulture de plus de deux mètres de haut, presque trois, et pas seulement de mon mètre quatre-vingt-huit. J’essaie de l’imaginer dans le cercueil, mais je n’en retire qu’une vague impression morbide, alors j’abandonne cette pensée.</span></p>
<p><figure id="attachment_9721" style="width: 864px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/13.png"><img class="size-full wp-image-9721" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/13.png" alt="La tombe de Reverdy au premier plan." width="864" height="1219" /></a><figcaption class="wp-caption-text">La tombe de Reverdy au premier plan.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Je roule jusqu’au parking en face de sa maison. Il y a eu beaucoup de nouvelles constructions depuis qu’il s’est installé ici en 1926, et la réputation grandissante de l’Abbaye a dû rendre visible Solesmes sur la carte. Solesmes semble moins isolée qu’elle a dû l’être dans les années 1920.<br />
Derrière le pare-brise, je fais quelques photos de la maison et décide d’attendre que Henriette en sorte.<br />
</span></p>
<p><figure id="attachment_9722" style="width: 945px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/14.png"><img class="size-full wp-image-9722" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/14.png" alt="La maison de Pierre et Henriette Reverdy à Solesmes." width="945" height="657" /></a><figcaption class="wp-caption-text">La maison de Pierre et Henriette Reverdy à Solesmes.</figcaption></figure></p>
<p><figure id="attachment_9723" style="width: 945px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/15.png"><img class="size-full wp-image-9723" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/15.png" alt="La maison de Solesmes, le mur du jardin." width="945" height="666" /></a><figcaption class="wp-caption-text">La maison de Solesmes, le mur du jardin.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Alors que je suis là assis dans la voiture, à fixer le mur du jardin et le haut de la maison, un rêve me revient à l’esprit. Dans un petit village du bord de mer en France, je descends du train et marche une centaine de mètres vers la plage, là où la petite maison de Reverdy donne sur la mer. Il n’y a personne. À l’intérieur, tout est calme, frais, propre, agréablement joli sans être trop décoratif. J’ai des scrupules d’avoir fait irruption comme ça, quand soudain sa femme entre et me dit gentiment (alors qu’on la disait aigrie et grincheuse), « Pierre est sorti, mais je l’attends d’un moment à l’autre ». Au même moment, il passe la porte d’entrée et me salue. Il propose que nous sortions déjeuner dans un restaurant du coin qu’il aime bien.<br />
L’endroit est si austère que je me dis qu’il doit s’agir d’un bon restaurant. Les plats que Pierre a commandés arrivent, l’un après l’autre, jusqu’à ce que toute la table en soit recouverte. Le mot <em>cassoulet</em>* se charge tout à coup d’un vif plaisir. En face de moi, Pierre mange avec calme et sobriété. À ma gauche, mon fils est indécis sur le choix de sa boisson. La serveuse s’impatiente : <em>Comme boisson</em>*<em> ? </em>Je le bouscule un peu : « Qu’est-ce que tu veux ? du coca ? du lait ? réponds !? » La serveuse s’éloigne vers l’autre côté de la salle. Je lui lance : « <em>De l’eau</em>* ! » « <em>Ce n’est qu’un gosse</em>* », dit-elle. Je réponds en anglais : « Un sale gosse, oui. » « Oh, c’est pas si grave », gronde-t-elle. Je comprends tout à coup que Pierre a choisi ce restaurant parce que les serveuses sont anglaises.<br />
Il est maintenant deux heures et demie, mais la lumière a bien baissé. Pierre est complètement dans l’ombre, avec juste une tache de lumière sur le devant de sa chemise blanche. Je ne peux pas voir le reste de son corps, mais il a l’air ou endormi ou très absorbé.<br />
Il est assis dans le fauteuil à ma droite, avec une feuille de papier blanc et un stylo à encre, un de ces stylos à l’ancienne, avec une plume, et il écrit furieusement. Je reconnais son écriture et m’aperçois qu’il est en train d’écrire un poème. Je me mets sur la chaise en face de lui et, sur l’une de mes feuilles, commence un poème en strophes de deux vers qui le représente en train d’écrire. Une fois nos poèmes finis, nous nous redressons. Il sourit.<br />
– Qu’avez-vous écrit ? demande-t-il gentiment.<br />
– Oh, pas grand chose, juste un petit truc.<br />
Je réponds timidement, sachant que je suis peut-être la seule personne à avoir jamais pu faire une telle description.<br />
Je me réveille. Où sont mes lunettes ? Quelle heure est-il ? Je tends le bras vers ma montre et mes lunettes comme pour me convaincre qu’on est réellement le 21 juin 1981, et pas 1931.<br />
A cinq heures moins le quart, la porte blanche du jardin s’ouvre et Henriette apparaît – du haut de ses 97 ans. Elle porte de confortables chaussures marron, des collants en laine, un imperméable beige, et un béret de laine souple. Pas de lunettes – elle doit avoir une bonne vue. Elle a une canne, mais ne l’utilise pas vraiment. Elle s’élance même d’un bon pas. À première vue, son visage me semble immense. Je la prends en photo, comme un espion. Je n’ai même pas honte.</span></p>
<p><figure id="attachment_9724" style="width: 945px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/16.png"><img class="size-full wp-image-9724" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/16.png" alt="Henriette Reverdy en chemin pour les Vêpres." width="945" height="662" /></a><figcaption class="wp-caption-text">Henriette Reverdy en chemin pour les Vêpres.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"> Je sors de la voiture et la suis jusqu’à l’abbaye, à peine un pâté de maison plus loin. À l’intérieur de l’église, elle s’assoie vers le milieu de l’allée, à gauche, seule sur un banc. Je m’assoie cinq ou six rangées derrière elle, vers la droite. Une dizaine d’autres personnes, âgées pour la plupart, s’avancent seules et remontent l’allée pour s’asseoir près du premier rang. Les cloches sonnent et les Vêpres commencent.<br />
La grille de communion – une barrière basse – sépare l’assemblée de l’autel que les moines arpentent d’un côté à l’autre, un par un, les mains repliées sous leurs robes. Puis un groupe, peut-être une cinquantaine, entre par la gauche en files de trois et se met en ligne du même côté, parallèlement à la nef. Je peux à peine voir ceux du premier rang maintenant. Le chant commence.<br />
Le son est grave, calme, simple, tout à fait splendide. Il se répand largement dans la fraîcheur de la pénombre. Les fidèles parmi nous s’inclinent. Je décide de me détendre et reste assis, bien que de temps à autres je me lève. Il me vient à l’esprit que les moines doivent avoir pas mal de temps pour répéter, mais que les répétitions sont aussi d’une certaine façon les représentations. Leur audience, c’est Dieu.<br />
Henriette qui, si elle a assisté cinq jours par semaine à ce service depuis qu’elle a déménagé à Solesmes, a dû entendre les Vêpres plus de 16000 fois, a toujours un temps d’avance. J’alterne entre des moments où je l’observe et d’autres où je regarde les blocs de pierre grise, les arches nues sur les côtés, simples, romanes et la voûte gothique au-dessus de la nef. Je me demande à quoi ressemblait l’intérieur de cet édifice en 1926 et en 1960. Quand Pierre s’asseyait ici, il devait être aspiré par l’étroite nef jusque vers l’autel et son inévitable crucifix.<br />
Au bout d’une demi heure, Henriette repose son livre de Vêpres et un instant plus tard les chants s’arrêtent – elle a déjà récupéré sa canne et s’est tournée pour s’engager dans l’allée.<br />
Je la suis au dehors et dans la rue. Je la dépasse assez vite, et en la croisant, je glisse un regard. Son visage est très vieux, mais – chose curieuse – il n’est pas particulièrement ridé, et ses petits yeux sombres me rappellent ceux d’un chien rusé.<br />
Un bus est en train de remonter la rue, sa rue, dans sa direction. Elle fait un pas de côté et s’arrête, avec cette manière silencieuse qu’ont les vieilles personnes de protester contre un affront. Le bus la dépasse, et elle reprend sa marche. Au milieu de la rue (à l’endroit le plus sûr) elle traverse en diagonale, et quand elle parvient au bord du trottoir d’en face, elle repère quelque chose dans le caniveau, une feuille probablement. Elle s’arrête et la balaie du bout de sa cane, deux ou trois fois, jusqu’à ce qu’elle parvienne à la déplacer de quelques centimètres vers la droite. Une fois que c’est fait, elle s’approche de la porte, introduit sa clé et entre.<br />
Mais la porte ne ferme pas. Elle ressort, portant un petit sac plastique bleu noué par le haut. Elle le laisse tomber près du mur, dehors, à côté de la porte. La partie supérieure du sac (au dessus du nœud) a l’air de la déranger. Elle le tapote mollement de la main, pour le pousser sur le côté. Elle n’est pas satisfaite. Elle le pousse encore et encore. Ça ne va toujours pas. Elle ramasse le sac et le fait tomber par terre à quelques centimètres de sa position initiale. Puis elle appuie dessus. Il est là, affaissé. Elle le regarde, marque une pause, et ferme la porte. Elle est partie.<br />
Je démarre la voiture et remonte jusqu’au coin de la rue. Il est six heures moins le quart, la lumière descend, et l’air se rafraîchit. Je me demande où je pourrais passer la nuit. Le seul hôtel en ville, le Grand Hôtel, a l’air luxueux et cher comparé aux autres endroits où j’ai dormi. Les hôtels de Sablé tout proche sont meilleur marché. Entre la tombe de Reverdy, le grand âge d’Henriette, le monastère, la spiritualité des psalmodies et le crépuscule, je m’arrête un moment avant de me diriger vers le Grand Hôtel.<br />
Dans la chambre, je sors sur le balcon. En bas il y a le joli jardin de l’hôtel, et plus à gauche, quelques mètres plus loin, encore visible dans le soir tombant, la maison où est mort Pierre Reverdy.</span></p>
<p><figure id="attachment_9725" style="width: 945px;" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/17.png"><img class="size-full wp-image-9725" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/11/17.png" alt="Vue du balcon de mon hôtel, la maison des Reverdy (en partie cachée par de petits arbres)." width="945" height="667" /></a><figcaption class="wp-caption-text">Vue du balcon de mon hôtel, la maison des Reverdy (en partie cachée par de petits arbres).</figcaption></figure></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 12pt;">Paru dans <em>Blood Work: Selected Prose</em>, Bamberger Books, 1993.</span></p>
<p align="left"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 10pt;">1. Les mots en italiques marqués d’un astérisque sont en français dans le texte.</span></p>
</div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9680-0-1-2">			<div class="textwidget"><p></br><br />
</br></p>
</div>
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		<title>Caroline Sagot Duvauroux : Un bout du pré</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Nov 2017 16:53:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[CCP #34-4]]></category>
		<category><![CDATA[34-4]]></category>
		<category><![CDATA[Caroline Sagot Duvauroux]]></category>
		<category><![CDATA[Sébastien | Hoët]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; par Sébastien Hoët Les livres « sur » la poésie écrits par des poètes qui ne cherchent pas à faire œuvre universitaire sont plutôt des livres dans la poésie, qui tracent des lignes de fuite ou se laissent emporter par les fameuses « lignes de sorcière » de Deleuze, soit une série de traits qui ne forment pas &#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="panel-grid" id="pg-9637-0" ><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9637-0-0" >&nbsp;</div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9637-0-1" ><div class="panel widget widget_text panel-first-child" id="panel-9637-0-1-0">			<div class="textwidget"><h6><b>par Sébastien Hoët</b></h6>
</br></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-9637-0-1-1"><div class="textwidget"><p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Les livres « sur » la poésie écrits par des poètes qui ne cherchent pas à faire œuvre universitaire sont plutôt des livres <em>dans</em> la poésie, qui tracent des lignes de fuite ou se laissent emporter par les fameuses « lignes de sorcière » de Deleuze, soit une série de traits qui ne forment pas une carte ou une géographie, mais improvisent des territoires aux limites non tracées, volatiles, sans cesse rejouées plutôt que repoussées. Le livre de Caroline Sagot Duvauroux obéit à cette non-logique généreusement erratique, comme l’avait fait avant elle, dans cette même collection, un Christian Hubin par exemple, ou le Grand Ancien qui donna le titre à la collection, Julien Gracq. Julien Gracq qui est présent dès le début du livre et n’est pas loin de le clore. Mais chez Julien Gracq, dans <em>En Lisant, en écrivant </em>donc, le géographe insistait encore, qui se repérait entre les grands cols – les Flaubert, Balzac, Stendhal, ou Tolkien, Poe… – sans prendre le risque de <em>nommer</em> ses contemporains certes plus modestes, et ce même s’il sut tempêter contre eux quand il le fallut, ou les méprisa assez ouvertement (Le Nouveau Roman) ; chez Hubin, dans <em>Le Sens des perdants</em>, il s’agissait de chercher dedans ce qui est au fond, ou derrière sans être ailleurs – l’insu, l’amuï (selon son terme). Chez Sagot Duvauroux, nous sommes dans une forêt de broussailles, un jardin bien plus anglais que français (heureusement), où toutes les espèces végétales et animales s’entremêlent dans une formidable vitalité et sans privilège de races et autres : « Il y avait un énorme tas de livres au grenier, j’ai pioché là le dégoût des hiérarchies, le délice de la surprise et le bout de la langue excité » (p. 13). Ainsi se côtoient et prolifèrent une multitude d’écrivains, les Proust, Bénézet, Quignard, Didi-Huberman, Prigent, Clément, Collobert, Noël, et tant d’autres, plus discrets, que même un collaborateur régulier du <em>CCP</em> ne connaît pas. On ne peut qu’être admiratif d’un tel foisonnement, d’une telle foi dans la vivacité du poème dans l’instant de sa mort proclamée : «  Poésie contemporaine, un vivier ? Un mouroir ? Depuis qu’on dit qu’elle meurt la poésie on se demande si mourir n’est pas sa vie même (…) Alors, nous jouons, dans ce terrain incertain, aux semences non homologuées par les grands semenciers » (p. 108). Ce jardin un peu fou est un beau microcosme du monde poétique contemporain, un pendant à taille humaine de la récente anthologie monumentale, <em>Un nouveau monde</em>, publiée chez Flammarion.</span></p></div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9637-0-1-2">			<div class="textwidget"><p></br><br />
</br></p>
</div>
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« En lisant en écrivant »<br />
216 p., 20,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_text panel-last-child" id="panel-9637-0-2-1">			<div class="textwidget"><div id="lipsum" style="text-align: justify;"><img class="alignleft wp-image-46 size-medium" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/34-4/HOET-SagotDuvauroux.jpg" alt="couverture" width="185" /></a>
</div></div>
		</div></div></div>]]></content:encoded>
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		<title>Hervé Piekarski : L’État d’enfance, II</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Nov 2017 16:51:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[CCP #34-4]]></category>
		<category><![CDATA[34-4]]></category>
		<category><![CDATA[Hervé Piekarski]]></category>
		<category><![CDATA[Sébastien | Hoët]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; par Sébastien Hoët Hervé Piekarski revient, avec ce recueil, aux travaux commencés aux éditions Unes en 1992, un premier État d’enfance. L’épigraphe de Webern, « Vivre veut dire défendre une forme »1, caractérise tout l’élan de ces blocs de prose cristallins qui se succèdent sans constituer une syntaxe ou même une suite mais plutôt une constellation &#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="panel-grid" id="pg-9635-0" ><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9635-0-0" >&nbsp;</div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9635-0-1" ><div class="panel widget widget_text panel-first-child" id="panel-9635-0-1-0">			<div class="textwidget"><h6><b>par Sébastien Hoët</b></h6>
</br></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-9635-0-1-1"><div class="textwidget"><p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Hervé Piekarski revient, avec ce recueil, aux travaux commencés aux éditions Unes en 1992, un premier <em>État d’enfance. </em>L’épigraphe de Webern, « Vivre veut dire défendre une forme »<sup>1</sup>, caractérise tout l’élan de ces blocs de prose cristallins qui se succèdent sans constituer une syntaxe ou même une suite mais plutôt une constellation mobile, jamais réellement situable autour d’un à-dire central, gravitant au vrai autour d’un trou noir dont jaillissent de loin en loin de fugitifs quanta lumineux. L’auteur reproduit en fin de recueil la lettre dont est extraite la phrase de Webern, où Hölderlin est cité, qui compare les œuvres de son temps à celles des Grecs, leur reprochant leur aveuglement face « au calcul de leurs lois », dans un geste proche de Poe avant la lettre. Avec Piekarski s’opère un tel calcul de lois dans une prose acérée qui pourrait rappeler celle de Patrick Watteau, mais les lois ne sont pas celles, en l’occurrence, de la <em>Genèse du Poëme</em> ou de la <em>Philosophy of composition</em> : nous nous situons, bien en deçà des considérations esthétiques, dans la <em>situation </em>difficile, et peut-être impossible, de la parole, de la voix, du poème, du corps, de la chair, de l’espace, du lieu, des objets, du monde… qui condamne le « projet » à « l’impossible de son œuvre » (p. 11), ce dès le <em>Protocole</em> qui lance le recueil et met en garde. On n’a donc pas entre les mains un recueil de poèmes mais bien une Éthique, un <em>ethos</em><sup>2</sup>, comme on en trouve dans les Carnets d’André du Bouchet, soit le défrichement patient, monotone, passionnant, endurant, d’un rapport avec l’Être qui se soustrait – et nombreuses sont les pages où Blanchot, Heidegger, Benjamin, Eckhart, la mystique juive, paraissent innerver les mots qui se dédisent, se désintègrent, dans l’approche de ce qu’ils tentent de saisir. Car le langage n’est que par son manque, le corps comme un vague contour autour d’une chair qui défaille, le moi ne cherchant consistance que de cette perte continue : « Il y a, hormis la force qui la soutient, une fatalité de perte dans chaque parole où je m’éprouve » (p. 85). Cette épreuve n’a pas de nom, et les fragments sont nombreux, qui ne s’intitulent que par des « Nuits » datées, et forment comme autant de traînées d’éclairs à la manière du Mémorial de Pascal. L’état d’enfance est celui du foudroiement par <em>un </em>qui ne peut être dit (in-fans), mais se signe de façon d’autant plus nue et bouleversante.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"> </span></p>
</div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9635-0-1-2">			<div class="textwidget"><p></br><br />
</br></p>
</div>
		</div><div class="panel widget widget_text panel-last-child" id="panel-9635-0-1-3">			<div class="textwidget"><p><!-- Simple Share Buttons Adder (5.0) simplesharebuttons.com -->
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</div>
</div>
		</div></div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9635-0-2" ><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce panel-first-child" id="panel-9635-0-2-0"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://editions.flammarion.com/">Flammarion</a><br />
« Poésie »<br />
192 p., 18,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9635-0-2-1">			<div class="textwidget"><div id="lipsum" style="text-align: justify;"><img class="alignleft wp-image-46 size-medium" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/34-4/HOET-Piekarski.jpg" alt="couverture" width="185" /></a>
</div></div>
		</div><div class="panel widget widget_text panel-last-child" id="panel-9635-0-2-2">			<div class="textwidget"><p align= "left">1. L’usage webernien de la « forme » rappelle celui de Spengler à la même époque et s’éclaire par lui.</p>
<p align= "left">2. « Il s’agit d’établir une bonne fois pour toutes la morale dans la certitude (…) », p. 44.</p>
</div>
		</div></div></div>]]></content:encoded>
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		<title>L’Ours Blanc</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Nov 2017 16:49:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[CCP #34-4]]></category>
		<category><![CDATA[34-4]]></category>
		<category><![CDATA[L’Ours Blanc]]></category>
		<category><![CDATA[Sébastien | Hoët]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; par Sébastien Hoët Cette revue à la « parution irrégulière » privilégie des paroles très contemporaines, qui se jouent des genres et des cadres. Les numéros d’une vingtaine de pages offrent tout leur espace à l’expression d’un écrivain, chose assez rare pour être signalée, ce qui donne l’impression étrange et agréable d’assister à un travail de &#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="panel-grid" id="pg-9633-0" ><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9633-0-0" >&nbsp;</div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9633-0-1" ><div class="panel widget widget_text panel-first-child" id="panel-9633-0-1-0">			<div class="textwidget"><h6><b>par Sébastien Hoët</b></h6>
</br></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-9633-0-1-1"><div class="textwidget"><p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Cette revue à la « parution irrégulière » privilégie des paroles très contemporaines, qui se jouent des genres et des cadres. Les numéros d’une vingtaine de pages offrent tout leur espace à l’expression d’un écrivain, chose assez rare pour être signalée, ce qui donne l’impression étrange et agréable d’assister à un travail de laboratoire en différé. Ledit écrivain est très brièvement présenté dans un encart central. Les deux poètes qui se succèdent en l’occurrence, Cléa Chopard et Cia Rinne, n’ont pas grand-chose en commun, si ce n’est leur jeunesse et une même liberté dans le parcours de l’espace de la feuille.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Cléa Chopard, avec l’<em>ancolie commune</em>, agence des fragments concernant les fleurs et les mots, les corps, les séparant, les entrelaçant, dans une logo-botanique, pourrait-on dire, savante, et d’une langue à la fois belle et objectivante. (Presque) au hasard : « <em>Les remèdes à paroles </em>| aussi divers que les paroles et les individus troublés ; soigner les effets indésirables d’une fleur par une autre : où, quelque part dans la langue, des ingrédients pour contre-parole comme pour contre-poisons » (p. 10). Ces pages pourraient former un beau pendant au <em>Psilocybe </em>de Cédric Demangeot – plus subjectivement enivré.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Il est plus difficile d’évoquer ici le travail de Cia Rinne, travail de poésie visuelle, où les langues, allemand, français, anglais, se bousculent et s’aimantent, travaillant sur des effets de récurrence, qu’ils soient sonores ou visuels, beaucoup de fragments tirant sur la verticalité de la page par un jeu sur les colonnes, travaillant sur des effets de glissements, ou de glissando comme on dirait en musique contemporaine : « verehren / verkehren / verzehren / vermehren / versehren / vers ehren / gegen ehren » (p. 11), ou «  did i tell you / did i tell her / did i tell him / did i tell them (…) » (p. 8). La clausule : « Qu’est-ce que je voulais dire ? » ajoute à l’impression de glossolalie pétrifiée, formalisée, et achève de <em>troubler</em> la lecture.</span></p>
</div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9633-0-1-2">			<div class="textwidget"><p></br><br />
</br></p>
</div>
		</div><div class="panel widget widget_text panel-last-child" id="panel-9633-0-1-3">			<div class="textwidget"><p><!-- Simple Share Buttons Adder (5.0) simplesharebuttons.com -->
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</div>
</div>
		</div></div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9633-0-2" ><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce panel-first-child" id="panel-9633-0-2-0"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://www.heros-limite.com/">L’Ours Blanc</a><br />
N° 15<br />
<em>ancolie commune</em> par Cléa Chopard<br />
Héros-Limite<br />
32 p., 5,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9633-0-2-1">			<div class="textwidget"><div id="lipsum" style="text-align: justify;"><img class="alignleft wp-image-46 size-medium" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/34-4/HOET-OursBlanc15.jpg" alt="couverture" width="185" /></a>
</div></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-9633-0-2-2"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://www.heros-limite.com/">L’Ours Blanc</a><br />
N° 16<br />
<em>L’usage du mot</em> par Cia Rinne<br />
Héros-Limite<br />
28 p., 5,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_text panel-last-child" id="panel-9633-0-2-3">			<div class="textwidget"><div id="lipsum" style="text-align: justify;"><img class="alignleft wp-image-46 size-medium" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/34-4/HOET-OursBlanc16.jpg" alt="couverture" width="185" /></a>
</div></div>
		</div></div></div>]]></content:encoded>
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		<title>Valère Novarina : Voie négative</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Nov 2017 16:45:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[CCP #34-4]]></category>
		<category><![CDATA[34-4]]></category>
		<category><![CDATA[Sébastien | Hoët]]></category>
		<category><![CDATA[Valère Novarina]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; par Sébastien Hoët « Je cherche à penser selon les forces, dans un espace magnétique, dans un champ aimanté » (p. 29, N. souligne). Ce recueil de quatre textes, qui se clôt par une version théâtrale du bien-nommé Vivier des noms, est agité d’une formidable force tourbillonnaire où les mots pensent au-dehors et valent pour eux-mêmes &#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="panel-grid" id="pg-9630-0" ><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9630-0-0" >&nbsp;</div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9630-0-1" ><div class="panel widget widget_text panel-first-child" id="panel-9630-0-1-0">			<div class="textwidget"><h6><b>par Sébastien Hoët</b></h6>
</br></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-9630-0-1-1"><div class="textwidget"><p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">« Je cherche à penser <em>selon les forces</em>, dans un espace magnétique, dans un champ aimanté » (p. 29, N. souligne). Ce recueil de quatre textes, qui se clôt par une version théâtrale du bien-nommé <em>Vivier des noms</em>, est agité d’une formidable force tourbillonnaire où les mots pensent au-dehors et valent pour eux-mêmes dans un même et simple geste agité, comme si l’Être s’exsudait de ce brassage en s’expliquant. Généreuse <em>implication</em> de l’« auteur », mot qui n’a plus grand sens ici, et de ce qui est à-dire, dans ce qui est à-dire. La langue, répète Novarina, n’est pas (que) ce qui communique, elle est davantage un <em>saut</em>, une <em>désadhérence</em> (p. 48), qui déproprie l’homme de lui-même, ou mieux : manifeste que l’homme est à proportion de l’inhumanité qui le constitue et l’étrange à soi. On est en l’occurrence bien éloigné d’une vulgate linguistique où la langue se définit comme un produit social et conventionnel ; Novarina médite quant à lui dans le lieu sauvage d’une métaphysique du langage que ne renieraient pas Heidegger et les grands talmudistes, d’où un très bel éloge de l’apprentissage des langues anciennes conçues comme Logos, c’est-à-dire verbe vivant où la chose n’est plus à distance mais se dit, ou plus précisément, car Novarina pense en méta-<em>physicien</em>, verbe vivant où la matière danse, où la nature énonce substantiellement sa <em>grammaire</em>. Au vrai, c’est avec une belle dextérité, qui n’a rien de la virtuosité intellectuelle mais tient plutôt du contact de la chose, d’une proximité toute en flair, que l’écrivain déploie sa méta-physique des forces, laquelle brouille les limites entre immanence et transcendance : « ‘Personne’, ‘Je suis’, signifient cela : la brèche, la porte, le passage. Et que l’individu est divisible : il n’est <em>personne</em> mais le <em>théâtre </em>à l’air libre <em>d’un champ de forces</em> » (p. 82, N. souligne). Individu divisible que Deleuze appelait le dividu, que Novarina dit encore « inhommé », point temporaire de convergence de flux, de souffles, de mots, de corps, de gestes, qui demande pour être approché une méta-physique qui soit en outre une <em>philologie</em>.</span></p></div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9630-0-1-2">			<div class="textwidget"><p></br><br />
</br></p>
</div>
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288 p., 13,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_text panel-last-child" id="panel-9630-0-2-1">			<div class="textwidget"><div id="lipsum" style="text-align: justify;"><img class="alignleft wp-image-46 size-medium" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/34-4/HOET-Novarina.jpg" alt="couverture" width="185" /></a>
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		<title>Emmanuel Moses : Polonaise / Ivresse</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Nov 2017 16:43:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[CCP #34-4]]></category>
		<category><![CDATA[34-4]]></category>
		<category><![CDATA[Emmanuel Moses]]></category>
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		<description><![CDATA[&#160; par Sébastien Hoët Les deux recueils d’Emmanuel Moses se lisent en contrepoint l’un de l’autre et donnent alors le sentiment d’un unique recueil qui s’accomplit : d’un côté, avec Ivresse, des vers rimés mais d’une vraie liberté, des poèmes qui filent assez rapidement, de l’autre, la Polonaise appesantit le pas, tient la note dans &#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="panel-grid" id="pg-9628-0" ><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9628-0-0" >&nbsp;</div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9628-0-1" ><div class="panel widget widget_text panel-first-child" id="panel-9628-0-1-0">			<div class="textwidget"><h6><b>par Sébastien Hoët</b></h6>
</br></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-9628-0-1-1"><div class="textwidget"><p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Les deux recueils d’Emmanuel Moses se lisent en contrepoint l’un de l’autre et donnent alors le sentiment d’un unique recueil qui s’accomplit : d’un côté, avec <em>Ivresse</em>, des vers rimés mais d’une vraie liberté, des poèmes qui filent assez rapidement, de l’autre, la <em>Polonaise</em> appesantit le pas, <em>tient</em> la note dans des proses parfois denses. Mais une telle spécification des genres poétiques est trompeuse, et le lecteur pourrait, agacé de ne s’y point retrouver malgré la simplicité des apparences, adresser le reproche suivant à l’écrivain : « (…) je suis admiratif de ton talent même si je pense que tu devrais finir par te décider entre la poésie et la fiction » (<em>Polonaise</em>, p. 35). Le reproche formulé avec un vrai sens de l’autodérision de la part de l’auteur à un écrivain imaginaire se poursuit et s’élabore de façon plus essentielle, et même didactique, par l’explication selon laquelle les deux genres sont « incompatibles » et même « s’anéantissent au contact l’un de l’autre ». De fait, les livres de Moses jouent avec cette indécidabilité des genres à l’intérieur des genres eux-mêmes<sup>1</sup> : la prose est plutôt poème et le vers tend au récit, ce qui déséquilibre et trouble la lecture dans l’instant où, pourtant, une certaine lumière, une clarté, se répand. Mais cette lumière est trouble : chez Moses, on bute sur des points d’opacité absolue, comme ces objets que l’écrivain dit « fuyants », avec lesquels il peut y avoir rencontre mais jamais compréhension, témoin ce savoureux dialogue intitulé <em>Contact</em> (<em>Polonaise</em>, p. 15 <em>sq</em>) qui a lieu entre un pilote confronté à un OVNI, jamais nommé comme tel, et la tour de contrôle. Pilote qui finit par disparaître. Ou tel « objet rouge non-identifié » (p. 88). Dans <em>Ivresse</em>, c’est l’énonciateur qui fait écran ou indécide le recueil tout entier : « Mon immeuble est hautement mélancolique / Les étages sont vides et le papier s’effrite / (…) Ma voisine du second a été victime d’une attaque / Elle n’ouvrait plus sa porte, depuis que son mari était mort de la prostate » (p. 12). On dirait du Jules Romains à ses débuts mais avec ce trou, ce point d’opacité encore une fois, qui bée chez ou <em>dans</em> les personnages de Simenon, dans <em>Le Bilan Maletras</em> ou <em>La Vérité sur Bébé Donge</em>, et les fait tellement libres et vivants. Dans ce trouble de l’énonciation, de la séparation des genres, le sens lui-même se met à flotter et se dilue dans une forme de <em>bêtise</em> ou de ce que Moses appelle un « Rêve idiot » (<em>Polonaise</em>, p. 76). Ce n’est pas toujours l’écrivain qui écrit mais une forme humaine, une silhouette qui subit le monde naïvement, et qui, du fond de cette incapacité qu’est l’idiotie, mais en outre de cette singularité de l’<em>idios</em>, est inversement capable de donner la formule du monde telle qu’inaperçue par les gens trop intelligents : « Nous sommes tristes de naissance (…) Il ne s’agit pas d’un regret ardent, d’une déconvenue / D’un chagrin qui attend sa consolation / Mais d’une nouvelle réalité : celle de l’homme à l’abandon » (<em>Ivresse</em>, p. 14). La question est alors posée de l’idiot au poète, ou de l’idiot dans le poète : « Et la tristesse ou la détresse / Permettent-elles la note du chant ? » (p. 25) La réponse est positive, elle <em>tient</em> dans ces livres, à ces livres, où l’on préfère le zombie déchu au survivant arrogant, dans un monde-prison où le langage nous enferme lui aussi ; mais fragile, elle est comme une chanson, un petit air à peine discernable qui monte du dessous de l’homme et du monde.</span></p>
</div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9628-0-1-2">			<div class="textwidget"><p></br><br />
</br></p>
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136 p., 16,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9628-0-2-1">			<div class="textwidget"><div id="lipsum" style="text-align: justify;"><img class="alignleft wp-image-46 size-medium" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/34-4/HOET-Moses-1.jpg" alt="couverture" width="185" /></a>
</div></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-9628-0-2-2"><div class="textwidget"><div align="left"><strong><em>Ivresse</em></strong><br />
Dessins de Rachel Moses-Klapish<br />
<a href="https://www.editmanar.com/">Al Manar</a><br />
64 p., 16,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9628-0-2-3">			<div class="textwidget"><div id="lipsum" style="text-align: justify;"><img class="alignleft wp-image-46 size-medium" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/34-4/HOET-moses-2.jpg" alt="couverture" width="185" /></a>
</div></div>
		</div><div class="panel widget widget_text panel-last-child" id="panel-9628-0-2-4">			<div class="textwidget"><p align= "left">1. « Le secret du poème est bien son instabilité et sa fugacité », <i>Polonaise</i>, p. 31. Le poème comme la récusation de son genre.</p></div>
		</div></div></div>]]></content:encoded>
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		<title>Alain Eludut : Berges et Seuils</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Nov 2017 16:41:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[CCP #34-4]]></category>
		<category><![CDATA[34-4]]></category>
		<category><![CDATA[Alain Eludut]]></category>
		<category><![CDATA[Sébastien | Hoët]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; par Sébastien Hoët Voici un recueil qui tranche dans la création poétique d’aujourd’hui par la simplicité de ses moyens et la clarté de son ton, de sa parole. Berges et Seuils est aussi nu que son titre, et aussi inactuel. D’entrée de jeu : « Le monde se déroule et joue sur le tapis du temps &#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="panel-grid" id="pg-9626-0" ><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9626-0-0" >&nbsp;</div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9626-0-1" ><div class="panel widget widget_text panel-first-child" id="panel-9626-0-1-0">			<div class="textwidget"><h6><b>par Sébastien Hoët</b></h6>
</br></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-9626-0-1-1"><div class="textwidget"><p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Voici un recueil qui tranche dans la création poétique d’aujourd’hui par la simplicité de ses moyens et la clarté de son ton, de sa parole. <em>Berges et Seuils</em> est aussi nu que son titre, et aussi <em>inactuel</em>. D’entrée de jeu : « Le monde se déroule et joue sur le tapis du temps / entre les aubes grises et les soirs malicieux / (…) Le bonheur et l’oubli des dépenses / les yeux des jeunes filles » (p. 9), nous remontons dans le passé et nous rappelons la lecture tellement charmante et mélancolique des Francis Jammes et Albert Samain, nulle voix qui tonne ici, mais un murmure lancinant qui ne s’estompe pas. Et ce même sentiment automnal que chez Jammes, le sentiment du deuil des choses ou des primevères, mais plus grave, plus profond, et sans remède : « (…) j’avance sans me retourner / au milieu des décombres quotidiennes » (p. 12). Le monde n’a de cesse de s’effriter, de finir, chacun s’échappe de soi, ne peut plus se rattraper, le corps s’exhale, et dans cette grande heure crépusculaire écrire s’arc-boute contre le temps, essaie, vainement sans doute, de saisir le sable qui coule, et ce qui « hante l’esprit » (p. 55), tout ce qui se dilue. Mais c’est cela être au monde et voir avec l’œil de l’enfant. De tout ce recueil émane une « joie » mélancolique certes, grave, où la mort ne se dresse pas comme une menace mais au contraire comme une forme d’accomplissement quand vient l’hiver qui clôt le recueil. L’hiver où ceux qui nous précèdent ont disparu dans une blancheur paisible d’outre-monde pendant que nous allons de seuil en seuil jusqu’au dernier.</span></p></div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9626-0-1-2">			<div class="textwidget"><p></br><br />
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« Doute B.A.T. »<br />
80 p., 12,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_text panel-last-child" id="panel-9626-0-2-1">			<div class="textwidget"><div id="lipsum" style="text-align: justify;"><img class="alignleft wp-image-46 size-medium" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/34-4/HOET-Eludut.jpg" alt="couverture" width="185" /></a>
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		<title>Christian Degoutte : Ghost notes</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Nov 2017 16:39:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[CCP #34-4]]></category>
		<category><![CDATA[34-4]]></category>
		<category><![CDATA[Alain | Helissen]]></category>
		<category><![CDATA[Christian Degoutte]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; par Alain Helissen Au gré de ses pérégrinations Christian Degoutte compose des poèmes qui ne sont pas des cartes postales poétiques des lieux visités mais plutôt des « arrêts sur images » évoquant des portraits hâtifs de personnages rencontrés au vif de l’instant. Par petites touches, ses mots viennent ainsi décrire la vie croisée des autres, &#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="panel-grid" id="pg-9624-0" ><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9624-0-0" >&nbsp;</div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9624-0-1" ><div class="panel widget widget_text panel-first-child" id="panel-9624-0-1-0">			<div class="textwidget"><h6><b>par Alain Helissen</b></h6>
</br></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-9624-0-1-1"><div class="textwidget"><p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Au gré de ses pérégrinations Christian Degoutte compose des poèmes qui ne sont pas des cartes postales poétiques des lieux visités mais plutôt des « arrêts sur images » évoquant des portraits hâtifs de personnages rencontrés au vif de l’instant. Par petites touches, ses mots viennent ainsi décrire la vie croisée des autres, avec un rien d’extrapolation venu combler la distance entre lui et eux. Essentiellement narrative, la poésie de Christian Degoutte s’inscrit en étapes choisies d’un périple varié, allant d’une traversée en ferry à un café de Milan pour s’arrêter dans un hôtel de Barcelone. Elle s’attarde en compagnie d’une musicienne ou d’une skieuse rouge. Mais, au-delà d’une simple description, elle interroge : « Où trouveras-tu, dis où trouveras-tu quelqu’un d’aussi perdu que toi ? » <em>Ghost notes</em>, ce sont des notes fantômes pour une musique à peine audible. C’est sans doute cette petite musique qui vient, pour peu que l’œil du lecteur en informe son oreille, animer ces poèmes en les intériorisant. « La musique est pluie de la chair », écrit Christian Degoutte. Le concert s’achève en bord de Loire, au terme de vingt-quatre stations poétiques que l’on parcourt avec intérêt.</span></p></div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9624-0-1-2">			<div class="textwidget"><p></br><br />
</br></p>
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40 p., 8, 00 €</div>
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		<title>Jean-Pierre Chevais : Le temps que tombent les papillons</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Nov 2017 16:36:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[CCP #34-4]]></category>
		<category><![CDATA[34-4]]></category>
		<category><![CDATA[Alain | Helissen]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Pierre Chevais]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; par Alain Helissen Est-ce d’avoir vu sa mère peler les mots qui a poussé Jean-Pierre Chevais à décliner dans le présent ouvrage sa propre vision des mots ? Ce sont eux en tout cas qui constituent le prétexte de ses vers « taillés courts » jusqu’à couper parfois un mot en deux, une façon peut-être de l’alléger &#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="panel-grid" id="pg-9622-0" ><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9622-0-0" >&nbsp;</div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9622-0-1" ><div class="panel widget widget_text panel-first-child" id="panel-9622-0-1-0">			<div class="textwidget"><h6><b>par Alain Helissen</b></h6>
</br></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-9622-0-1-1"><div class="textwidget"><p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Est-ce d’avoir vu sa mère peler les mots qui a poussé Jean-Pierre Chevais à décliner dans le présent ouvrage sa propre vision des mots ? Ce sont eux en tout cas qui constituent le prétexte de ses vers « taillés courts » jusqu’à couper parfois un mot en deux, une façon peut-être de l’alléger parce que « les mots trop lourds abîment tout ». Mais il y a aussi les mots courts, les longs, les plus ou moins compliqués... L’auteur préfère les « raccourcis » qui permettent de mieux voir « ce qui se passe derrière ». « À trop les secouer, les mots laissent échapper des papillons ». Surtout, insiste Jean-Pierre Chevais, faut-il sans cesse donner des noms aux mots. Et cela produit des livres saturés de noms. La poésie, si elle paraît offrir une liberté d’expression inégalable, se montre pourtant rétive à l’emploi de certains mots, voués au chômage de longue durée. La poésie, résume encore l’auteur, « c’est noir sur blanc avec surtout du blanc ». À mi chemin entre fantaisie et sérieux <em>Le temps que tombent les papillons</em> offre une agréable récréation au pays de la langue. Les petites « colonnes » de Jean-Pierre Chevais laissent aux pages assez d’espaces blancs pour que le lecteur y laisse errer son imagination.</span></p></div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9622-0-1-2">			<div class="textwidget"><p></br><br />
</br></p>
</div>
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		</div></div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9622-0-2" ><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce panel-first-child" id="panel-9622-0-2-0"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://rehauts.fr/">Rehauts</a><br />
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</div></div><div class="panel widget widget_text panel-last-child" id="panel-9622-0-2-1">			<div class="textwidget"><div id="lipsum" style="text-align: justify;"><img class="alignleft wp-image-46 size-medium" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/34-4/HELISSEN-Chevais.jpg" alt="couverture" width="185" /></a>
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		<title>Fabienne Raphoz : Blanche baleine</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Nov 2017 16:35:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[CCP #34-4]]></category>
		<category><![CDATA[34-4]]></category>
		<category><![CDATA[Étienne | Faure]]></category>
		<category><![CDATA[Fabienne Raphoz]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; par Étienne Faure Blanche baleine est le dernier recueil de Fabienne Raphoz, dont certains extraits étaient parus dans plusieurs revues. Organisé en cinq parties (Yucatan, Buisson premier, mon-t fuji, Buisson sonore, tell de terre), le recueil prend son envol avec une « condenseriez » qui donne l’élan et le la, en quelque sorte, l’essor d’un recueil &#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="panel-grid" id="pg-9620-0" ><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9620-0-0" >&nbsp;</div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-9620-0-1" ><div class="panel widget widget_text panel-first-child" id="panel-9620-0-1-0">			<div class="textwidget"><h6><b>par Étienne Faure</b></h6>
</br></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-9620-0-1-1"><div class="textwidget"><p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><em>Blanche baleine</em> est le dernier recueil de Fabienne Raphoz, dont certains extraits étaient parus dans plusieurs revues. Organisé en cinq parties (<em>Yucatan, Buisson premier, mon-t fuji, Buisson sonore, tell de terre</em>), le recueil prend son envol avec une « condenseriez » qui donne l’élan et le <em>la, </em>en quelque sorte, l’essor d’un recueil lent et grave où le « Silence murit l’expression ». Rêves et méditations cheminent par la vue et la vision (« champ de vision / les yeux fermés »), aussi bien que par l’ouïe et le champ sonore des animaux, des végétaux, de l’humanité apparue : « dans quel son vivons-nous ? / un écho brouillé / forêt, caverne ». Y passent de nombreux écrivains, poètes (« je tends l’oreille / vers les auteurs / promène Silence / et bruits étranges ») comme pour accompagner, étayer le rêve, donner la réplique ou l’explication : « La montagne est un état d’âme (William Beckford, 1783) ».<br />
Un recueil où les aïeux, dans cette tentative d’approche de la montagne – si familière et tant aimée – , semblablement passent  (« Grand-mère disait : “le Môle a son bonnet” »). Dans la partie <em>mon-t fuji</em>, dédiée au père, il y a comme à tâtons la recherche d’une définition, celle des Alpes et plus génériquement des monts et plus universellement encore du minéral : « Niedecker dit / dans tout fragment / de tout ce qui vit / reste de la pierre ».<br />
Et puis il y a les oiseaux, ce n’est pas nouveau, chers à F. Raphoz, leurs migrations qui emmènent dans des <em>Jeux légers d’en haut </em>ailleurs sur le globe<em>, en Namibie, au Krüger, en Ouganda, au Maroc, en Israël… (« et me voilà piégée dans la ritournelle aimée de la liste »).</em> Migrations. Y compris celle des hommes : «  mon arrière grand-oncle / fut à temps / cocher de fiacre / rue du Bac à Paris ».<br />
Lente, accélérée, cette écriture faite de coups d’ailes traverse les pages de ce recueil cosmique : « nous serions nés / de l’effondrement / d’une étoile / trou noir entouré / d’un horizon / d’événements ». Car tout tend vers l’universel dans ce livre tellurique et sonore (« Mont–Blanc est un morceau d’Afrique ») et toujours en mouvement : celui des paysages et de l’eau, du vivant, où « le faon des grottes se retourne sur l’oiseau » qu’illustre, alerte, en couverture, le très vif dessin de Ianna Andreadis.</span></p>
</div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-9620-0-1-2">			<div class="textwidget"><p></br><br />
</br></p>
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</div>
</div>
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92 p., 16,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_text panel-last-child" id="panel-9620-0-2-1">			<div class="textwidget"><div id="lipsum" style="text-align: justify;"><img class="alignleft wp-image-46 size-medium" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/34-4/FAURE-raphoz.jpg" alt="couverture" width="185" /></a>
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