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	<title>CCP &#187; de(s)générations</title>
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		<title>Revue des revues</title>
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		<pubDate>Thu, 30 Mar 2017 00:00:06 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[CCP #33-5]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<div class="panel-grid" id="pg-8699-0" ><div class="panel-grid-cell" id="pgc-8699-0-0" >&nbsp;</div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-8699-0-1" ><div class="panel widget widget_text panel-first-child" id="panel-8699-0-1-0">			<div class="textwidget"><h6><b>par Yves Boudier</b></h6>
</br></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-8699-0-1-1"><div class="textwidget"><p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>PLI</em></strong></span><br />
<a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-pli-RdR.jpg"><img class="aligncenter wp-image-8766" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-pli-RdR-217x300.jpg" alt="BOUDIER-pli-RdR" width="173" height="239" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">D’un format classique et d’une esthétique volontairement sobre, cette revue est le fruit du travail de l’association <em>Pli</em> (soutenue par la région Pays-de-la-Loire). Elle accueille une vingtaine de contributeurs, aux écritures diversifiées, ainsi que des photographies et travaux plastiques. Description fort classique certes, mais les surprises nous attendent dès l’ouverture du numéro et à la fois l’audace, la liberté du ton d’une réflexion poétique-politique sans souci d’unanimité ou de la moindre concession nous saisissent dans une forte et pertinente continuité avec la livraison précédente (février-mai 2016) qui, elle, ouvrait ce chantier attentif à ce « Quelque chose en train de naître (…) Le monde ou rien (…) dans une société “au bout du rouleau” » dans laquelle « Tout doit être jeté dans le bouleversement passionné de cet ordre finissant. Il [serait] grand temps de repartir à l’assaut du ciel ». Ainsi, sur ce terrain se joue la rencontre excitante d’une parole politique héritière sans fascination d’un situationnisme bien pensé et revisité avec la puissance polymorphe du geste et de l’acte artistique et poétique. Cette articulation qui fut, rappelons-le, la pierre de touche dans le passé de revues comme <em>Change</em> ou <em>Action poétique</em>, revient en force et interroge de nouveau les leurres contemporains qui tentent de nous convaincre que nous serions dans un au-delà de cette problématique essentielle qui lie Histoire et écritures. Et, à rebours de revues contemporaines qui ont choisi formellement de mettre en scène ces lignes de ruptures, ces clivages et ces bouleversements sociaux avec une maquette exubérante et des contenus de lecture se voulant un détournement des codes du capitalisme culturel sans toujours parvenir à s’en détacher, <em>Pli</em> fait le choix d’une forme sans excès et au fond respectueuse des questionnements du lecteur. Les effets éventuellement surprenants, voire violents, produits par les textes et les images elles-mêmes et plus encore par leurs rapprochements parfois inattendus, tant dans les contenus que dans les formes, sont d’autant plus forts que se déroulant dans un espace apparemment apaisé. Ainsi, depuis l’important cahier spécial de vingt-cinq pages consacré aux poèmes de Michele Zaffarano (<em>Todenstrieb</em>), depuis les photographies du Groupe Rembrunir, le travail iconique de Patrick Mosconi (<em>Misère des Baby-boomers</em>) du numéro précédent, nous poursuivons le parcours critique de ce « projectile littéral » avec, par exemple, Jean-Marie Gleize, Liliane Giraudon, Mohamed Ben Mustapha, Luc Bénazet, Julien Blaine, Virginie Lalucq, Esther Salmona, Claude Favre, Jérôme Bertin ou Vannina Maestri, tous dans le sillage de la dernière ligne de la page quatre : « Le Parti Imaginaire sera dès lors la <em>forme d’apparition</em> du prolétariat », que l’on se permettra de transformer en « poétariat ». Le détournement graphique de plusieurs célèbres <em>Gueux</em> (Jacques Callot, 1622) effectué par Erwan Keruzoré confirme ce qui fonde les parti-pris de cette revue fort intéressante, soucieuse assurément de décliner et d’interroger les plis passés et contemporains de notre histoire politico-poétique.</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Place de la Sorbonne</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-placedelaSorbonne-RdR_2.jpg"><img class="aligncenter wp-image-8782" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-placedelaSorbonne-RdR_2-186x300.jpg" alt="BOUDIER-placedelaSorbonne-RdR_2" width="173" height="279" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">L’extrême sobriété de la conception graphique de cette revue met en pages avec un profond respect les différentes contributions qui obéissent à un sommaire lui-même très précis. De l’éditorial à l’index final, on croise un invité (Michel Murat, dont la lucidité critique est en l’occurrence remarquable), on se fait témoin d’un entretien avec un « chercheur de trésors littéraires » (Antoine Jaccottet, éditions Le Bruit du temps), on retrouve ou découvre treize poètes de langue française (parmi lesquels Willliam Cliff, Jacques Demarcq, Pierre Dhainaut, Juliette Perrin-Chevreul… riche alternance d’auteurs aux écritures peu comparables – c’est là l’une des richesses de l’ensemble –), puis on entre dans le labyrinthe des langues du monde avec six poètes, l’argentin Arnaldo Calveyra, l’équatorien Mario Campaña, les autrichiens Reinhard Priessnitz et Andreas Unterweger, l’allemande Ginka Steinwachs et le slovène Tomaz Salamun. Le travail des traducteurs, par exemple celui en miroir de Christian Prigent et Alain Jadot, justifie parfaitement la publication bilingue des poèmes.</span><br />
<span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Les rubriques <em>Contrepoints</em>, <em>Vis-à-vis</em> et <em>Échos</em> nous offrent, parmi d’autres, un texte de James Sacré « sur » une toile de Mustapha Belkouch, des poèmes d’Yves Broussard, une étude orphique d’Irène Gayraud ou un texte très étonnant d’Alain Frontier, <em>La Mer d’Iroise</em>. Enfin, avant les pages de comptes-rendus, on s’arrêtera avec émotion <em>De l’autre côté du miroir</em> sur les textes précis et sensibles en hommage à Gilbert Baqué, Jean Joubert (Pierre Maubé), Claude Michel Cluny (Jean-Yves Masson), Bernard Heidsieck (Jean-Pierre Bobillot), Denis Roche (Jean-Marie Gleize) et Tomas Tranströmer (Svante Svahnström). « Orphée vient de mourir. Une nouvelle fois. Il renaîtra donc, comme le veut la légende, si profonde, mais il n’aura plus jamais ce visage. Chaque poète digne de ce nom est Orphée » : ainsi l’écrit avec pertinence Jean-Yves Masson pour saluer Claude Michel Cluny. Le propos nous convient, dans sa justesse et son optimisme.</span><br />
<span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">En peu de numéros somme toute, six, <em>Place de la Sorbonne</em> a trouvé son rythme et sa place dans la galaxie des revues, avec en son cœur un cahier de photographies « livresques » d’Yves Muller : « le livre est mon sujet de prédilection parce qu’il partage avec la photographie cette folle ambition d’arrêter le temps ». Vertu de la poésie ?</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Slot</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-Slot-RdR.jpg"><img class="aligncenter wp-image-8767" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-Slot-RdR-204x300.jpg" alt="BOUDIER-Slot-RdR" width="173" height="254" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Éditée par Luc Bénazet, ce double A4 plié-encarté est une revue suédoise « mensuelle qui paraît en automne. Au printemps, <em>Slot</em> paraît en français ». Cette livraison printanière nous présente, entre deux captures d’écran (titre et générique), le relevé des sous-titres du film <em>Palio Sam Noge,</em> <em>I burnt legs</em>, réalisé par Srdjan Vuletic en 1993, texte écrit en anglais. Question de distance intime, travaillée par la violence des corps amputés qui à leur tour amputent le regard que l’on porte sur un monde en guerre. Comment faire « a firm, big snowball » lorsqu’une main manque ? Que sait-on du contenu d’un sac sortant du bloc opératoire ? Comment savoir, à travers la distance qui nous sépare des corps à l’image TV, s’ils sont « alive, or dead or wonded, bleeding ». « Every person has become a / closed entity onto itself. / So, when did I first notice / that Ive become insensitive ? »</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>de(s)générations</em></strong></span></p>
<p><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-desgeneration-RdR.jpg"><img class="aligncenter wp-image-8760" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-desgeneration-RdR-229x300.jpg" alt="BOUDIER-desgeneration-RdR" width="173" height="226" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Extraits de l’édito : « … Car il y a bien un moment où l’on ne peut plus croire ce qu’on nous raconte et où l’on ne veut plus être parlé par ces gens [droite / gauche]. Et c’est, en réalité, un moment heureux puisque nous devons alors compter sur nos propres capacités pour définir le monde. (…) Ce faisant, nous pourrons partager d’autres évidences en commençant simplement par dire ce à quoi nous tenons. » Propos relayés par ce quatrain de Baudelaire cité par Julien Coupat &amp; Eric Hazan, « Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent / Pour partir, cœurs légers, semblables aux ballons / De leur fatalité jamais ils ne s’écartent, / Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons ! », véritable art poétique devenant art politique, comme en témoigne Manuel Joseph avec <em>Mais c’est fini, ça. c’est fini</em>, poème coup de poing lyrique et lucidement désabusé, brassant les événements selon la rétro-perspective ouverte par Alain Badiou dans <em>Notre mal vient de plus loin</em> (2016). On le comprend, un chantier s’ouvre qui tente un dépassement critique et radical des analyses fertiles de Jacques Rancière de la notion de démocratie. Faire le deuil de la politique dite classique, renforcer le courant qui est appelé « l’ultra-gauche » ? Les moyens sont modestes, les auteurs de ce n° 25 en conviennent, mais ils ont la qualité de ce qui fait encore défaut en actes, une réelle capacité d’épellation historique et critique des temps proches qui nous ont conduits dans l’impasse contemporaine, la force d’interroger, par exemple avec le travail iconographique de Nicolas Daubanes et Guillaume Greff, la solitude désespérée et désespérante des espaces urbains, quasi-figurations ordinaires des nœuds carcéraux qui nouent et étouffent nos sociétés post-modernes. Il n’est que de lire les <em>Lettres de prison</em> de Rosa Luxemburg commentée ici par Alexandre Costanzo, ou le texte de Véronique Bergen, <em>Paroles de Roms</em>, pour en faire à son tour l’expérience et « se mettre au boulot », pour citer Philippe Roux.</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Celebrity Cafe</em></strong></span></p>
<p><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-CelebrityCafe-RdR_2.jpg"><img class="aligncenter wp-image-8783" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-CelebrityCafe-RdR_2.jpg" alt="BOUDIER-CelebrityCafe-RdR_2" width="173" height="229" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">La rédaction présente le travail de cette épaisse et belle revue selon l’axe suivant : « La revue se veut le témoin d’un déplacement du contexte littéraire depuis l’apparition d’autres technologies de transmission du savoir que celle, exclusive, de l’imprimerie. La revue <em>Celebrity Cafe</em> sur papier est dans le prolongement et en remplacement de la revue sur support numérique <em>Son@rt</em> à cause de l’obsolescence accélérée des technologies. (…) Revue qui va dans le sens de cette transparence du monde vers une écriture qui sort du tout-typographique, du tout-littéraire, privilégiant l’usage de la capture d’écran, donc un mélange typographie / images dans la suite de la Poésie visuelle, en utilisant toutes les démarches que permettent les nouvelles technologies de l’ordinateur et du réseau ».<br />
Les quelque quatre cents pages qui suivent cette déclaration d’intention proposent un très grand nombre d’exemples, d’analyses critiques, d’entretiens, de synthèses, d’images, d’actions qui toutes confirment, renforcent et souvent orientent vers un dépassement prometteur les fondements de chaque démarche. Quarante-quatre « signatures » patrimoniales aussi bien qu’extrême-contemporaines constituent ce volume, dont de nombreuses problématiques obéissent à l’actualité des effets d’œuvres du passé (Raoul Hausmann en échanges épistolaires avec Pierre Garnier, Ezra Pound dont on découvre la correspondance inédite avec Kitasono Katué) sur les écritures et les créations d’aujourd’hui, telles celles de Philippe Boisnard, Sylviane Gouirand, Nicole Caligaris, Rudiaga Cadoni, Michel Giroud, Pierre Tillman ou de Jacques Demarcq. Jacques Donguy et Jean-François Bory sont très largement à l’ouvrage dans ce numéro dont ils sont les concepteurs, les porteurs. La qualité et l’originalité des différents entretiens qu’ils ont conduits avec, par exemple, Bernard Aubertin, Pierre Mariétan, donnent à réfléchir sur les outils polymorphes de la création contemporaine. Parallèlement, Eduardo Kac converse longuement avec Wlademir Dias-Pino, poète artiste né à Rio de Janeiro en 1927, qui passe ici en revue « une vie entière consacrée à la subversion du <em>statu quo</em> et à la création sans limites » dans un long et très riche entretien traduit du portugais par Jacques Donguy,<em> De la poésie concrète au poème / processus</em>. Sans reprendre souffle, on enchaîne avec une étude historique et critique du <em>Mouvement d’Art Porno, 1980-1982, une avant-garde brésilienne</em>, du même Eduardo Kac qui en fut l’instigateur et qui conclut en soulignant combien aujourd’hui « la relation entre pornographie, esthétique et politique a considérablement changé depuis la fin du Mouvement en 1982 ».<br />
Par ailleurs, on découvrira les pages consacrées à l’ouverture d’un nouvel espace, <em>Le Lieu des Idiotes</em>, avec à sa suite les photographies de <em>Visons Tempoème</em> de Sarah Cassenti, saisies lors d’une récente performance au <em>Générateur</em> de Gentilly.<br />
En presque clôture de ce numéro roboratif, avant l’ensemble très rythmé rassemblé par Jean-François Bory, <em>Archives et documents, 1969 et années suivantes</em>, on lira plusieurs fragments inédits de Walter Benjamin, issus de brouillons accompagnant trois textes publiés chez Christian Bourgois en 1998. Ainsi, dans <em>Le bon écrivain</em> : « Le don d’un bon écrivain, c’est qu’il procure à la pensée, par son style, le spectacle d’un corps intelligemment entraîné. Il ne dit jamais plus qu’il n’a pensé. Écrire tourne ainsi, non pas à son bénéfice, mais au seul bénéfice de ce qu’il veut dire ».<br />
À méditer.</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Faire part</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-fairePart-RdR.jpg"><img class="aligncenter wp-image-8762" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-fairePart-RdR-287x300.jpg" alt="BOUDIER-fairePart-RdR" width="173" height="181" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Quarante-cinq collaborations sous forme d’entretiens, de souvenirs, d’analyses, de témoignages, de poèmes adressés, de photographies, de dessins…, pour évoquer, valoriser, replacer dans leurs contextes passés l’héritage poétique de Gil Jouanard, toujours actif dans le compagnonnage de Pierre Michon ou de Jean-Loup Trassard ou dans la postérité d’un Julien Gracq, voire d’un Nicolas Bouvier jamais nommé mais souvent présent en filigrane. Voici le cœur polymorphe de ce numéro monographique, précédé d’une douzaine de textes de l’auteur invité et conclu par une autobiographie, <em>L’enfant au carré d’herbe</em>, dans laquelle l’évocation des racines géographiques, historiques, littéraires et politiques se mêlent à un discret règlement sans amertume de quelques comptes au fil d’une vie en littérature et animation d’institutions culturelles. Pour comprendre le parti-pris de ce numéro, il faut regarder les pages 26 et 27, en vis-à-vis, l’une présentant le célèbre tableau de Caspar David Friedrich (<em>Le voyageur contemplant une mer de nuages</em>, 1818), l’autre une photo en pied de Gil Jouanard, non pas appuyé sur son bâton de marche mais l’épaule épousant le montant d’une bibliothèque. L’un nous tourne le dos, (qui est-il, sinon l’avatar en négatif de nous-mêmes qui regardons le tableau ?), l’autre, le poète, nous souriant droit dans les yeux, nous offrant, fidèle à son écriture, « une mnémo-poésie de l’instant » comme l’écrivent les acteurs de la revue.<br />
Si James Sacré remercie chaleureusement Gil Jouanard, « Oui, ses livres nous emmènent toujours dans une marche au bord du monde, au bord des choses, une marche à la fois active et pensive », Jacques Réda joue de l’anagramme (<em>Il joua grand</em>) et souligne son art « d’épingler l’instant ». Bernard Plossu offre une superbe suite photographique traversant quelques villes du sud tandis qu’Astrid Waliszek, en écho quasiment à ces superbes images, affirme qu’il y a dans l’écriture de Gil Jouanard « la légèreté de l’extraterritorialité, la grâce de ceux qui entrent dans la langue de biais, le jeu d’un entre-deux mondes […] quand il n’est que de ce léger étêtement pour devenir la vivante nappe de brume qu’il décrit, la goutte de pluie qu’il retient dans sa main, les notes de Schubert s’égrainant. » Ainsi se conjuguent sans s’opposer les interventions d’amis, de lecteurs et de peintres. Certains évoquent une dette, un souvenir marquant, d’autres apportent comme chacun d’eux sa pierre sur le cairn, un poème, une image. Ludovic Janvier quant à lui questionne, pose sous les yeux et la voix de Gil Jouanard une série de mots, l’occasion d’affirmer des passions, des méfiances et quelques détestations. Et, pour faire une pause émouvante, il convient d’entrer dans la suite de dessins (<em>Encre de Chine et cire sur papier</em>, 2015) de Jean-Gilles Badaire. Puis, reprendre le parcours, s’entretenir avec l’auteur par l’entremise de Jean-Gabriel Cosculluela, « Un instant vécu avec intensité suffit à ensemencer le terreau de mon présent », et revenir à cette autre dimension de Gil Jouanard, engagé en amitié et en politique aux côtés de René Char dans le combat autour du plateau d’Albion, ou revenir vers l’infatigable créateur de lieux et d’institutions culturelles dont l’héritage n’est contesté par personne et sert de modèle aux acteurs d’aujourd’hui. Enfin, mais c’est un choix parmi d’autres contributions, lire le commentaire précis et profond de Gil Jouanard lui-même sur les peintures d’Alain Pontecorvo : « Ce qu’il peint existe et c’est de l’existence qu’il s’agit, plutôt que de l’apparence ». On pourrait prolonger en parodiant, « ce qu’il écrit existe… » et reprendre avec lui ses propos : « M’être dit mes quatre vérités m’aura largement suffi ».</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Jef Klak</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-JefKlak-RdR.jpg"><img class="aligncenter wp-image-8764" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-JefKlak-RdR-203x300.jpg" alt="BOUDIER-JefKlak-RdR" width="173" height="256" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">L’ambition de ce projet se donne pour but d’aller au bout de la comptine <em>Trois p’tits chats</em>. Après donc <em>Marabout </em>et<em> Bout d’ficelle</em>, voici <em>Selle de ch’val</em>. Quelques explications : Jef Klak, androgyne végane et marqué(e) par une enfance qui le / la conduit aujourd’hui à mener « des actions de sabotage contre la vivisection », il-elle « aimerait bien être une mésange pour s’envoler de sa chienne de vie ». Les comptines occupent une place privilégiée sûrement dans son histoire, ainsi que l’art de la liste. Par exemple, dès le seuil de la revue, le lecteur est conduit à « rayer la mention inutile ». La ligne éditoriale est-elle « postmoderne, révolutionnaire, libertaire, anti-industrielle, anarchiste, communiste, oulipienne, surréaliste, intersectionnelle, queer, décoloniale », à défaut d’être « courbe » ?</span><br />
<span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">La réponse, au terme de la lecture de cette livraison foisonnante, n’en sera que plus difficile, plus complexe encore tant les propositions et les pistes sont abondantes, différenciées et souvent heureusement déroutantes. Le principe qui gouverne ce travail (mais peut-on parler de principe en l’occurrence ?) est l’apposition, la mise en coprésence de textes, d’images, de photographies qui jouent de l’alliance et / ou de l’opposition, à la fois dans les choix tant esthétiques et iconographiques que formels ou poétiques. Partagée en deux parties, l’une « Thème selle de ch’val–Brider / Débrider », l’autre « Hors thème », il vous faudra prévoir de prendre votre temps pour parcourir cet ensemble inattendu qui nous présente, en plus de quarante-cinq contributions et sans compter les nombreuses pages d’images, d’illustrations ou de cahiers photos, une approche critique documentée et souvent audacieuse des bonheurs et des affres de notre cohabitation avec les animaux, « compagnons de vie, collègues de travail, marchandises, matières à penser » qui partagent notre monde. « Sans se caresser dans le sens du poil, Jef Klak s’est reposé la question de ses rapports avec les bêtes : contraindre ou libérer, enfermer ou contempler, brider ou débrider ? De quoi questionner d’autres relations – de pouvoir, d’amour ou de communauté. » En effet, des confessions d’un écailleur d’huîtres soumis à des conditions de travail pénibles à un article soulignant les effets positifs des SDF sur le dressage des chiens en particulier, la revue nous étonne par sa capacité à attirer notre regard sur des situations de notre quotidien qui pour la plupart passent inaperçues dans nos villes. Parallèlement à la lecture de témoignages ou de textes de réflexion, celui de Jean-Christophe Bailly par exemple, « Contre l’animalité », ou celui de Thierry Hoquet, « Les affinités éclectiques. Variations autour de la notion de zoophilie », ou encore celle des pages d’Aurélien Leif à propos des <em>Trois métamorphoses</em>, premier des discours de Zarathoustra, on appréciera la pertinence de l’iconographie polymorphe qui voisine avec la part écrite du volume, en particulier les photos de George Shiras, de Pieter Hugo, celles de Frédéric Fontenoy ou celles de Mathieu Pernot, <em>Les hurleurs</em>, qui témoignent au cœur de l’entretien de Clémence Durand et Ferdinand Cazalis avec Stéphane Mercurio et Chantal Vasnier sur les familles de détenus, « Il n’y a que l’amour qui nous fait venir dans les parloirs ».</span><br />
<span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Enfin, pages 266 à 269, trente-neuf strophes, du haïku à la séquence lyrique, <em>Koimésis</em>, fragments hellènes par Luvan, suivies de cet extrait de Jorge Roque (traduit de la revue portugaise <em>Cäo Celeste</em> n° 6 par Mickaël Correia) qui à mes yeux qualifie assez bien l’esprit de <em>Jef Klak</em><em> </em>: «  Je n’ai jamais compris la distinction entre la poésie du réel et une autre, qui serait indistincte ou je ne sais quoi (la poésie des mots ? des processus poétiques d’écriture ? de l’équivoque musicalité de la langue ?). Ceci étant dit, vous ne serez pas surpris que je dise que la poésie du réel est, tout au moins dans ce que je parviens à en saisir, la poésie réelle. Le reste n’est que poésie de la poésie, ce qui n’est intégralement, rituellement, excessivement, trompeusement, rien. » Radical.</span><br />
<span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Enfin, glissez dans votre lecteur cd « <em>Pour qui chante le coq</em><em> </em><em>?</em> », du « groupité son », collectif d’auteur.e.s-réalisateur.rice.s, pièce unique sonore construite au fil des mois de création de <em>Selle de ch’val</em>. « Foi d’shérif, c’rodeo collectif, on l’a fait ! »</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>fondcommun</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-fondcommun-RdR.jpg"><img class="aligncenter wp-image-8763" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-fondcommun-RdR-300x227.jpg" alt="BOUDIER-fondcommun-RdR" width="228" height="173" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Ce numéro « Dossier zéro » est le produit d’une carte blanche confiée à Arnaud Vasseux et, comme les précédentes livraisons, il a été réalisé collectivement à Marseille, avec le soutien d’institutions, de souscripteurs complété par celui d’une vingtaine d’auteurs, éditeurs ou artistes. Grand format (24 x 32), monochrome noir et blanc, inversement folioté belles pages paires, ce cahier à la double agrafe de type calendrier propose, page à page, une alternance de documents iconiques (dessins, photos, œuvres plastiques) et de textes, tant patrimoniaux que de création. Ainsi, sur ce concept ( ?), le « zéro », on retrouve par exemple Italo Calvino, Georges Ifrah, Jean Vigo, Edmond Jabès, Christophe Tarkos, Guattari et Deleuze, Jean Eustache, Kazimir Malevitch, Raymond Depardon, Patrick Tosani, Ghérasim Luca, Henry Miller, Samuel Beckett, Henri Cartier-Bresson, Roland Barthes, Charles Péguy, aux côtés d’Arnaud Vasseux ou Jean-Luc Moulène. Approches mathématique, poétique, psychanalytique, plastique, théorique et textuelle au sens large.<br />
Ces quelques noms, extraits d’un riche sommaire habilement présenté en deux bandes verticales étroites et autonomes en pages 2 et 3 de couverture, donnent le ton et la volonté esthétique et / ou politique de <em>fondcommun</em>, dont on comprend alors parfaitement le pourquoi du titre : un seul exemple, celui du texte de Péguy, très inattendu dans sa syntaxe et son contenu qui, pour ma part, m’a renvoyé à l’écriture d’un Jean-Luc Parant, absent certes de ce numéro, mais comme activé dans notre mémoire littéraire collective. Ainsi l’œuvre de Marcel Duchamp page 37, <em>moulage sur nature d’un sexe glabre féminin</em>, nous renvoie elle aussi rétroactivement cette fois au passé le plus lointain des figurations pariétales. Ce va-et-vient de traces des cultures mises en regard les unes des autres sur le support papier et fictivement dans l’œil et l’esprit du lecteur, est le battement de cœur de cet <em>organe de presse problématique</em>, qui pour paraphraser l’adjectif, problématise l’art de la rencontre et tisse ainsi les liens qui découvrent les fondements de nos histoires ou de nos querelles communes. Le <em>zéro</em> de la sorte s’avère être l’espace dont la vacance autorise les alliances les plus fertiles.</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Arpa</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-arpa-RdR.jpg"><img class="aligncenter wp-image-8758" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-arpa-RdR-224x300.jpg" alt="BOUDIER-arpa-RdR" width="173" height="231" /></a></p>
<p><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Sise à Clermont-Ferrand, cette revue (sur abonnement) n’est ni régionale, ni sectaire. Dans une tradition plutôt classique, représentée par le notable attachement de Gérard Bocholier, Jean-Pierre Farines ou Colette Minois à offrir un espace ouvert, <em>Arpa</em> poursuit résolument son chemin et accueille des écritures poétiques demeurées sensibles à une conception humaniste de la littérature et attachées à l’usage d’une poétique marquée par un lexique renvoyant à la présence de la nature dans ses manifestations propres ou repérables sous tel ou tel choix esthétique et langagier des poèmes publiés. Quelque vingt-cinq poètes se partagent ces pages où la sobriété de la maquette s’enrichit de plusieurs dessins de Dominique Barrot.<br />
À noter dans ce n° 118 une lecture par Jean-Marc Sourdillon de <em>Poèmes d’après </em>de Cécile A. Holdban (Arfuyen, 2016), « Quelque chose bondit », évoquant « quelque chose de rilkéen, (…) le Rilke des roses des poèmes français, peut-être ou comme en écho du Weltinnenraum, “l’espace intérieur du monde” », en écho par exemple au poème ici de Brigitte Donat, <em>L’espace d’un pas</em>.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Europe</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-Europe-RdR.jpg"><img class="aligncenter wp-image-8784" src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/wp-content/uploads/2017/03/BOUDIER-Europe-RdR-185x300.jpg" alt="Mise en page 1" width="173" height="281" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Outre les <em>Chroniques</em> régulières et les <em>Notes de lecture</em>, ce numéro se partage en deux grands dossiers, l’un consacré à Paul Celan, l’autre, de création, <em>Longévité</em>, pour commémorer l’année des quatre-vingt-dix ans de Michel Butor, rassemblant à l’initiative du poète lui-même sept contributions aussi bien de Keats et de Leopardi que d’amis contemporains, Le Clézio, Bernard Noël, Vahé Godel, Jean Roudaut et Frédéric-Yves Jeannet. Bernard Plossu est présent avec deux photographies, et un texte inédit de Butor lui-même sur un tableau de Miquel Barceló clôt cet ensemble anniversaire où les thèmes du temps, de l’altérité, des frontières, de l’humour et de la bibliothèque se croisent et renforcent une question latente : « Combien de temps me reste-t-il / bien malin qui pourrait le dire ». La réponse, brutale, fut donnée le 28 août 2016, alors que ce volume sortait des presses.<br />
Les quelque deux cent quarante pages consacrées à l’œuvre de Paul Celan ne peuvent que retenir au plus haut point notre attention. En effet, nous retrouvons là à la fois des lectures et des analyses particulièrement pertinentes sur la poésie de Paul Celan et plusieurs contributions qui reviennent sur un épisode important du parcours humain et poétique du poète, celui de ses rencontres avec Martin Heidegger (à Fribourg, puis à Todtnauberg) desquelles il espérait, sans le demander explicitement, des réponses à la question profonde du rapport du philosophe à la Shoah. Comprenons bien à la lumière aujourd’hui des éléments apportés par la publication récente (2014-15) des « Réflexions (Überlegungen) » contenues dans les <em>Cahiers noirs</em> (écrits entre 1931 et 1948) que Paul Celan ignorait les prises de position politiques et antisémites du philosophe durant cette période tragique de l’histoire, ce qui rend d’autant plus profonde la prémonition du poète qui attendait de lui autre chose que son retour et son acharnement à ne parler que du « fétichisme philosophique du poème », selon les mots d’Alain Badiou (1989). Au-delà des pages essentielles écrites naguère sur le sens de cette visite de juillet 1967 à Todtnauberg par Jean Bollack (2006), Peter Trawny nous livre une lecture et une interprétation très convaincante et émouvante de cet épisode. Lorsque l’on fait le parallèle entre ce que le texte des « Réflexions » révèle des propos d’Heidegger (« Il faudrait demander ce qui fonde la prédisposition particulière de la juiverie pour la criminalité planétaire ») et le questionnement de Paul Celan, on mesure combien « Heidegger néglige l’exigence morale face à la Shoah (…) [méconnaissant] ainsi le fait que la Shoah est un événement qui fait apparaître la dimension abyssale de la normalité du “même” ». Peter Trawny ajoute à son analyse ces mots de Gerhart Baumannn (1986) : « Le douloureux chemin de la “Fugue de mort” à “Todtnauberg”, combien de fois Celan a-t-il pu le parcourir, sans atteindre son but ? » avant de conclure : «  La topographie poétique [de Paul Celan] demeure intacte, malgré le silence de Heidegger. Le poème le dépasse. »<br />
La lecture de ce dossier d’importance, qui complète de manière entièrement nouvelle le précédent numéro qu’<em>Europe</em> avait consacré il y a quinze ans à Paul Celan, se poursuivra, sous la conduite éclairante de Danielle Cohen-Lévinas, avec la lecture d’un entretien que Martine Broda lui avait accordé en 2003, dont le titre reprend les derniers mots de la poète, « Rien n’illumine, sinon la rencontre » ; puis avec celle de Paul Audi, d’Esther Tellermann, de Jean-Pierre Lefebvre, de Bertrand Badiou, de Clément Layet ou de Barbara Wiedemann, avant d’aller à la rencontre saisissante du commentaire d’André du Bouchet sur la traduction de « Todtnauberg », publiée par Bertrand Badiou et Jean-Claude Rambach dans <em>Contrainte de lumière</em>, (Belin, 1989), « <em>chose tombée du ciel</em>, et pourtant ce n’était que de la neige. »<br />
Ce numéro se referme avec une note de Karim Haouadeg sur le livre de Stéphane Mosès, disparu en 2007, <em>Approches de Paul Celan</em>, qui reprend aux Éditions Verdier un ensemble d’articles « d’une qualité qu’on hésitera pas à dire exceptionnelle », articles à travers lesquels on mesurera à quel point fut déterminante la volonté de Paul Celan de restituer à la langue allemande la possibilité de nouveau de donner accès à la pensée, au sentiment et partant au poème, sans exclure cet effet de distance que l’histoire tragique impose à toute réflexion de cet ordre. Sur cette question cruciale « d’une langue décomposée et minée de l’intérieur » qu’il s’agit de relever, il souligne que Paul Celan s’inscrit dans la lignée du souci qui fut celui de Goethe, d’Hölderlin ou d’Ingeborg Bachmann, tout entier contenu dans ces mots : « Que faire de l’écart entre l’homme et l’homme ? »</span></p>
</div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-8699-0-1-2">			<div class="textwidget"><p></br><br />
</br></p>
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<em>projectile littéral</em><br />
N° 6<br />
128 p., 15,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-8699-0-2-1"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://www.culture-sorbonne.fr/placedelasorbonne/" target="_blank">Place de la Sorbonne</a><br />
<em>Revue internationale de poésie de Paris-Sorbonne</em><br />
N° 6<br />
Paris Sorbonne / ESPE<br />
315 p., 15,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-8699-0-2-2"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://chateaux-slot.blogspot.fr/" target="_blank">Slot</a><br />
N° 12<br />
« Palio Sam Noge »<br />
Chateaux<br />
8 p., 3,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-8699-0-2-3"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://www.desgenerations.com/" target="_blank">de(s)générations</a><br />
N° 25<br />
« Par-dessus bord »<br />
Jean-Pierre Huguet Éditeur<br />
104 p., 12,50 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-8699-0-2-4"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=2836" target="_blank">Celebrity Cafe</a><br />
N° 2<br />
Les Presses du réel<br />
418 p., 18,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-8699-0-2-5"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://revue.faire.part.pagesperso-orange.fr/Site_faire_part_Texte.htm" target="_blank">Faire part</a><br />
N° 34 / 35<br />
« Gil Jouanard, contemplateur itinérant »<br />
338 p., 25,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-8699-0-2-6"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://jefklak.org/" target="_blank">Jef Klak</a><br />
Revue de critique sociale &amp; d’expériences littéraires<br />
N° 3<br />
« Selle de ch’val »<br />
320 p., 16,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-8699-0-2-7"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://fondcommun.free.fr/wordpress/" target="_blank">fondcommun</a><br />
organe de presse problématique<br />
Sixième parution<br />
48 p., gratuit</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-8699-0-2-8"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://www.arpa-poesie.fr/Nous.html" target="_blank">Arpa</a><br />
Revue de poésie et de littérature<br />
N° 118<br />
106 p., 12,50 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce panel-last-child" id="panel-8699-0-2-9"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="https://www.europe-revue.net/" target="_blank">Europe</a><br />
N° 1049-1050<br />
« Paul Celan »<br />
386 p., 20,00 €</div>
</div></div></div></div>]]></content:encoded>
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		<title>Yves Boudier : Revue des revues</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Jan 2016 00:00:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[CCP #31-3]]></category>
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		<description><![CDATA[&#160; par Yves Boudier de(s)générations À la suite du numéro 22 « Penser avec l’Afrique », au cœur duquel un cahier photo (Andrew Cross, Mogadishu – National Assembly – 2013) entrait en écho avec la réflexion historique et philosophique menée sur le thème « Penser avec l’Afrique » (cf. l’entretien accordé à Arnaud Zohou par le philosophe sénégalais Souleymane &#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="panel-grid" id="pg-5206-0" ><div class="panel-grid-cell" id="pgc-5206-0-0" >&nbsp;</div><div class="panel-grid-cell" id="pgc-5206-0-1" ><div class="panel widget widget_text panel-first-child" id="panel-5206-0-1-0">			<div class="textwidget"><h6><b>par Yves Boudier</b></h6>
</br></div>
		</div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-5206-0-1-1"><div class="textwidget"><p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>de(s)générations</em></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/31-3/BOUDIER-desgeneration.jpg" alt="couverture" width="185" /></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">À la suite du numéro 22 « Penser avec l’Afrique », au cœur duquel un cahier photo (Andrew Cross, <em>Mogadishu – National Assembly –</em> 2013) entrait en écho avec la réflexion historique et philosophique menée sur le thème « Penser avec l’Afrique » (cf. l’entretien accordé à Arnaud Zohou par le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne ou l’excellente contribution de Jean-Godefroy Bidima « Penser, voir, éprouver : l’Afrique au risque de ses régimes d’historicité »), ce numéro 23 « Prévoir avec l’Afrique, agir dans le monde qui vient » élargit plus encore le champ d’investigation à l’art et au poème. Ainsi, l’anthropologue Jean-Loup Amselle, s’entretenant avec Arnaud Zohou, « Penser avec l’Afrique, penser contre l’Afrique (des post-coloniaux) », revient-il sur les questions d’émancipation et de culture, pour contester la vision « ethnologique » de Souleimane Diagne. La revue se donne alors les moyens de penser « Contre l’impérialisme noir » (Joseph Tonda) et pour l’émancipation du sujet africain (Pierre-Philippe Fraiture). On retrouve de nouveau Arnaud Zohou, cette fois comme poète avec six pages d’un poème haletant, saisissant, <em>au fon</em>, (extraits p. 74) : « peau / c’est souvent aller dans la tombe // cet homme / sa parole me touche / évacuer / excrément / jeter glaive / lancer tête pour personne // mais mourir / seulement / ira mourir ». En lien tragique et d’une rare beauté graphique avec la série de 12 dessins (encre et graphite sur papier) de l’artiste tunisien Nidhal Chamekh, « De quoi rêvent les martyrs 2, 2012-13 ».</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><br />
</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Doc(k)s<br />
</em></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/31-3/BOUDIER-docks.jpg" alt="couverture" width="185" /></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Anthologique. En exergue : « (…) ce chantier ayant été pour nous l’occasion de vérifier (<em>encore !</em>) que les medias ne se remplacent pas mais s’ajoutent en se spécifiant. » Les preuves, multiples et variées, suivent. Par ordre, paradoxalement dans cette revue où la mixité préside à quasiment toutes les propositions, on découvrira un ensemble consacré à Pierre Garnier (1928-2014), <em>Pour une approche de la poésie spatiale</em>. Textes d’archives, avec en premier lieu le Manifeste « Qu’est-ce que le spatialisme ? », suivi d’une étude précise d’Isabelle Maunet-Salliet qui, dès ses premières lignes, rappelle qu’Ilse Göttel-Garnier, l’épouse de P. Garnier, est inséparable de ce parcours véritablement accompli à quatre mains (cf. <em>Poésie</em> <em>spatiale </em>: une anthologie, chez Al Dante en 2012).<br />
Puis, les rubriques <em>Open</em> et <em>Retards</em> regroupent cinquante auteurs sur 165 pages de textes, de montages, de graphiques, de poèmes, de photographies, de détournements de documents, de mises en perspective politique et critique, de restitutions de performances, dont le DVD offre de nombreuses séquences visuelles et sonores. La puissance de réflexion contenue dans ces pages se multiplie au rythme chahuté de l’ordonnancement des travaux. Les rapprochements, les frottements entre les œuvres créent une véritable dynamique, rare dans une revue.<br />
Et, nous voilà prêts à nous plonger dans le grand dossier <em>Black Market International</em>. La lecture du DVD s’avère là indispensable et j’en fis la précieuse expérience en mêlant à ma lecture labyrinthique du dossier la vision des images proposées. De nouveau, s’instaure une autre épistémologie de la lecture, pardonnez l’expression, efficace et créatrice de sens inattendus, proliférants.<br />
Enfin, la rubrique <em>Archives</em>, livre des documents « dans leur jus », fac-similé et scans, parmi lesquels des extraits de la partition d’une <em>Chorale verbophonique </em>d’Arthur Petronio (1953-54), et un poème « simultanéiste » d’Henri-Martin Barzun, <em>L’Orphéide </em>(fragments III, scène 1), prolongé par un entretien (2001) avec Ruth Francken (1924-2006) par Jacques Donguy.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Europe</em></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/31-3/europe2.jpg" alt="couverture" /></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Je me plais à rapprocher ces deux numéros car la présence de la poésie les irrigue en profondeur. L’un (1031) est dévolu à Antoine Emaz, Gaston Miron et Serge Sautreau, (avec un choix de poèmes d’écrivains afro-américains, préfacé par Marilyn Hacker, qui constitue le cahier de création de ce numéro), l’autre (1033) est consacré à Claude Simon et à Friederike Mayröcker (Vienne, 1924) dont l’œuvre poétique « inclassable » est ici présentée par Aurélie Le Née.<br />
Si, dans ces deux revues, on suit le fil du poème, on lira avec curiosité l’approche que Pierre Schoentjes propose d’<em>Archipel</em> et <em>Nord</em> de Claude Simon, deux courts textes qui touchent à la dimension poétique d’une prose par ailleurs revendiquée comme telle, que j’ose mettre en lecture parallèle avec <em>Tons de blanc</em> et les poèmes qui suivent de Friederike Mayröcker, une audace de lecteur plus que de critique, j’en conviens.<br />
Pour continuer sur le mode d’un parcours de lecture singulier, on retrouvera (outre les commentaires lucides de Jean-Patrice Courtois, d’Emmanuel Laugier, ou celui de Gérard Titus-Carmel) Dominique Viart, au sortir de son « anthropologie élémentaire » de Claude Simon (1033), dans un entretien (1031) sur la situation d’Antoine Emaz dans la poésie contemporaine, au-delà de l’héritage assumé de Du Bouchet ou Reverdy. L’ambiguïté de l’écriture du poème émazien, entre vers et « phrase », est pertinemment interrogée et elle trouve ici quelques pistes de réponses, dont la conclusion revient au poète lui-même : « La question n’est pas ce que la langue prend, mais comment elle est prise. »<br />
Revenir ensuite au cahier de création du n°1033, dans lequel on remarquera le travail de Danièle Robert, « Pour une nouvelle traduction de <em>La Divine Comédie </em>», avec un extrait superbe d’<em>Enfer</em>, Chant III. Quels « moyens mettre en œuvre pour faire passer en français la modernité du texte ancien » ? Comment « aller plus avant dans la beauté de ce chef-d’œuvre universel ? », telle est la double gageure dont triomphe à mes yeux Danièle Robert et dont elle donne ici quelques exemples des choix effectués, tant sur le plan de la métrique que sur celui de la délicate question de la rime. Dante et les stilnovistes n’ont pas fini de nous conduire sur le chemin de la contrainte bien pensée en alliance avec des libertés dont nous avons encore beaucoup à apprendre.<br />
Enfin, on rapprochera Gaston Miron, le Québécois, et Serge Sautreau, éphémère résident rimbaldien yéménite, avec ces deux extraits en parallèle : « je n’ai jamais voyagé / vers d’autre pays que toi mon pays // un jour j’aurai dit oui à ma naissance / j’aurai du froment dans les yeux / je m’avancerai sur ton sol, ému, ébloui / par la pureté de bête que soulève la neige // un homme reviendra / d’en dehors du monde » (G. Miron, <em>Pour mon rapatriement</em>). « Un jour vient qu’il faut bien que sonne / L’heure sans rien ni plus personne / Le dénouement où l’on frissonne / De connaître moins qu’on ne croit / Moins que souffle au travers du livre / Que rosace vue dans le givre / Glace ou bien neige que délivre / Le feu qui creuse au creux de soi » (S. Sautreau, <em>Matins du siècle</em>).<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Gare Maritime 2015</em></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/31-3/BOUDIER-gareMaritime.jpg" alt="couverture" width="185" /></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Livraison annuelle de référence, « anthologie écrite et sonore de poésie contemporaine ». Tous les auteurs présents ont été invités en 2014 par la Maison de la Poésie de Nantes au <em>Pannonica</em> (scène jazz et musiques improvisées) pour une lecture lors des rencontres régulières « Poème en cavale » ou du festival <em>MidiMinuitPoésie</em>.<br />
Divisées en trois parties, <em>Auteurs francophones</em>, <em>Poètes étrangers</em> (en bilingue) et <em>Édition</em>, ce sont quarante propositions poétiques, du texte seul à la mixité musicale, d’une écriture pour le livre à celles que permettent aujourd’hui les outils et les supports numériques, de la parole au chant, aux cris, jusqu’aux silences des respirations. Ce qui fait la qualité et l’intérêt d’une telle livraison d’une part, c’est l’hétérogénéité des invités et des pratiques dans une dynamique qui n’est pas sans risques, celle du voisinage, de la mise en parallèle de poèmes ou d’extraits de prose qui, de par la contrainte du support revue, entrent en échos, en presque rivalité pour dessiner chez le lecteur un espace inattendu qui mime en partie ce qui s’est passé <em>in situ</em> et dont le DVD joint conserve une mémoire vivante.<br />
Chaque auteur, d’autre part, est présent au double titre d’une présentation, toujours soignée et soucieuse de mettre en perspective l’œuvre, et d’un extrait de son travail. Aux auteurs s’ajoutent ceux, très qualifiés, qui rédigent ces portraits.<br />
Vaste choix donc, dans lequel je nommerai Sarah Kirsch, disparue en mai 2013, dont Jean-Paul Barbe souligne le timbre, un « <em>sound</em> » qui lui est propre, « une naïveté rusée », une « mélancolie rebelle », l’influence de Maïakovski aussi bien que celles de Bettina von Armin et d’Annette von Droste-Hülshoff. Puis Fabienne Raphoz : « dire le nom des choses / et quelque chose / se dénoue // qui n’est pas encore / le poème / et ce / pendant / un peu / plus / que lui / déjà / soudain // le chant du loriot » (<em>Terre Sentinelle</em>, Héros-Limite 2014), avant que de clore avec Patrick Beurard-Valdoye : « toporalité coïncidence du but et du début où est l’embouchure ? » (<em>Gadjo-Migrandt</em>, 2014). Une définition possible de cette belle entreprise.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>intranQu’îllités<br />
</em></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/31-3/BOUDIER-intranquillites.jpg" alt="couverture" width="185" /></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Élégance. Mise en page très pensée et soignée. Couleurs et typographie se mêlent, se parlent et le fil de la revue se déroule en communions successives. Ce numéro hors-série réunit les meilleurs moments des deux numéros précédents, aujourd’hui épuisés. D’une part, un bel et riche hommage à Jacques Stephen Alexis (1922-1961), avec Dany Lafferrière qui souligne qu’il « plaça quelque chose d’autre au-dessus de la littérature : le bonheur du prolétariat », auquel, en reprenant ses propres mots, on ajoutera « le sens de la pureté du cœur, de l’amour de la vie, de la chaleur des hommes » (lettre à sa fille Florence, La Havane, 1955).<br />
D’autre part, mais ce serait bien étrange de cloisonner, un ensemble autour de Jorge Luis Borges, avec en particulier un entretien enregistré en 1978 à Paris, dans le fameux « Hôtel », par Ramón Chao et Ignacio Ramonet, entretien suivi d’une conversation tenue en 2012 par Benjamin Barnier, Mariana Dómine et James Noël avec María Kodama, la veuve de l’écrivain argentin. Émotion et évidence du propos en écho à une intelligence du monde et des êtres hors du commun. Anecdotes, humour et dérision, aussi.<br />
Glissée entre ces ensembles, la rencontre, par l’imaginaire, du Che avec des écrivains marqués par ce militant, cette figure de la révolution, en deçà et au-delà de l’icône qu’il est devenu malgré lui, depuis son apparition lumineuse jusqu’à sa fin, tragique, presque sordide de solitude et de rage.<br />
« Un rêve déguisé en revue dans l’union libre des genres », c’est ainsi que James Noël qualifie l’ambition de cette revue. Cette phrase est juste car le poème dilate et déplace les limites, quelles qu’elles soient. Ainsi, « De la poésie avant toute chose » rassemble quelque trente poètes dont le commun se formule autour de l’idée du sursaut, de la marche en avant, parmi lesquels un poème d’Henri Poncet, disparu l’été dernier et dont on se souvient de son magnifique travail d’éditeur de poésie, <em>Comment se préparent les révolutions</em> : « les hommes / retroussent les manches / regardent le vin la femme / et l’automne qui rougit la fenêtre ». On attend, impatients, le numéro trois. Merci aux <em>Passagers des vents</em>.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Jouer 1</em></strong><br />
</span></p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/31-3/BOUDIER-jouer.jpg" alt="couverture" width="185" /></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Sous la forme d’un fichier PDF, une première livraison sous le sceau de la traduction de textes anglo-américains, en l’occurrence celle de deux textes pour la scène et de poèmes. L’intérêt de ce travail, outre la qualité intrinsèque des auteurs, tient dans sa dimension « archives ». Il donne accès à des esthétiques très marquantes des années 70 et 80 avec, comme en rétro-perspective, une proposition théâtrale, <em>L’identité un poème</em>, (adaptation de <em>L’Histoire géographique de l’Amérique</em>) de Gertrude Stein, créée en juillet 1936 à Detroit. L’ouverture de la revue se fait avec <em>Les Alpes</em>, de Bob Perelman (Poets Theater, Studio Eremos, San francisco, 1982), un texte théâtral dans lequel le contraste entre le contenu et la facture classique est marquant. Particulièrement intéressante donc, cette « pièce » est suivie de <em>Jambe, une pièce de théâtre</em>, de Leslie Scalapino (San Francisco, 1984) qui, elle, anticipe sur une pratique aujourd’hui répandue, celle de l’hétérogénéité du matériau textuel pour la scène : ici, le texte se présente sous la forme d’un poème dont les articulations et la segmentation permettent une lecture où la question du genre littéraire se dissout dans un régime de voix en grande polysémie d’émotions. Un grand merci à Martin Richet pour l’ensemble de ses traductions, l’édition sobre et soignée de ces textes dont, pour clore cette note, je retiens <em>L’intérieur du poème</em> de Joseph Ceravolo (1971), dialogue poète-poème pour un art poétique exaltant.<sup>1</sup></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Muscle</em></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/31-3/BOUDIER-muscle.png" alt="couverture" width="185" /></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Se présente sous la forme d’un leporello (10,5 x 15 cm) six pages de texte, deux de couverture couleur. Pour chaque livraison, deux auteurs sans thématique annoncée mais dans une forme de proximité d’émotion. Par exemple, le n° 5 avec Simon Allonneau et Hervé Bouchard, interroge la place du décisionnel dans notre rapport au monde et à l’autre, multiple : « Dites qui sont ceux qui parlent et ce qu’ils font » (HB) versus « Il faut crier juste, il faut parler fort, mais il faut le faire bien » (SA). Marc Cholodenko précède Tao Lin dans le n° 4, mais son texte apparaît comme une réponse subtile à la question posée par celui de Tao Lin. Plutôt que <em>Par-delà l’existentialisme</em>, instruire la conscience du déport ou du déséquilibre : « (qui est) en nous l’entre moi comme le trait qu’il attend, dans le temps sans succession dont il me fend, de suivre pour s’y couler combler confondre : être pas : avoir jamais été : se fermer : oui : non : oui » (MC). Quant au n° 3, « avant que la vraie nuit ne survienne… » Julien Blaine en météorologue avisé ouvre l’espace de la transe qu’Antoine Boute occupe, « il faut spéculer le peuple à coup de défonce animale végétale nucléaire cosmique. » Dépliements, repliements.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Pro Memoria</em></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/31-3/BOUDIER-proMemoria.jpg" alt="couverture" width="185" /></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Un sommaire exemplaire dont la vertu est de rendre lisible et / ou visible, avec les textes proposés ici, la pluralité des formes d’écriture du poème aujourd’hui. De Jean-François Bory, qui use des possibles de la typographie en héritier du lettrisme, voire du spatialisme, mais qui reste attaché à une modernité post mallarméenne, à Michèle Métail avec ses poèmes sériels portraits-robots en treize stations, en passant par le poème reverdien d’Alexandre Ponsart, ou la mise en « formule T » du poème calendaire de Véronique Vassiliou, on regrette profondément de lire le dernier texte <em>Hommage</em>, dans lequel on apprend que l’on tient entre nos mains l’ultime numéro de <em>Pro Memoria</em>. En effet, ce n° 6 marque la fin de l’aventure et Alexandre Ponsart – avec une grande lucidité mais sans résignation – souligne avec quelques références majeures, l’importance du rôle des revues dans la critique et la création et rappelle ces propos, chers à Jean Paulhan : « Il y a dans le fait d’écrire une ambition collective, un désir de communauté que le livre est condamné à trahir et qui ne trouve son expression que dans le cadre de la revue (…) Il faut des revues parce qu’on y apprend à écrire. On y apprend aussi à lire. » J’ajouterai avec Caroline Sagot-Duvauroux : « Ou se taire pour toujours avant. Ne peut être mourir. / Écrire peut-être ».<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Résonance Générale</em></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/31-3/BOUDIER-resonnanceGenerale.jpg" alt="couverture" width="185" /></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">« Dans les gestes, des histoires de voix », tel est l’incipit sous lequel les rédacteurs de cette revue, désormais reconnue dans le paysage poétique contemporain, présentent dans un texte liminaire à plusieurs mains, leur intention commune. « Si le poème tient la main (…) Si le poème tient la jambe (…) Si le poème tient le sexe… », triple anaphore, jeu de répétitions qui « font et défont nos mouvements placés sous des signes dont ils défont les assignations (…) quand dans la voix les gestes font encore chanter chanter ».<br />
D’emblée sous le sceau de l’écriture du poème, le refus de traiter de la question poétique en termes seulement réflexifs est affiché. La place faite au poème comme modalité de réflexion et foyer d’émotion est donnée sans limites, elle se dessine et se justifie dans l’écriture de chaque poème, « carte blanche à ce qui vient / le défi porté dans l’expression même / dont tout le possible en nous hors de nous / s’augmente / à la vue qui s’ouvre » (Guy Perrocheau). Si « Les taureaux s’ennuient le dimanche » (encres de Stéphane Korvin), – de la même façon que le dessin traduit l’émotion du voir, « que signifie se traduire en mots ? » (Alejandra Pizarnik) –, le lecteur de ce n° 7 trouvera, dans l’arène ouverte de ces pages, non des réponses mais des échos, des entrelacs, des vibrations, le risque de la pensée et du sentiment : « deux sourires / dans la masse butée / noire d’un pluriel / une démocratie / qui court pour effacer / ta mort tu me fais / voir tout l’or / du monde sans / effacer nos immondices » (les rédacteurs). Avec Alexis Pelletier, Françoise Delorme, Jacques Allemand, Francine Charron, Sylvie Dubec, Yannis Livadas, Yann Miralles.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Traction-Brabant</em></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/31-3/BOUDIER-tractionBrabant.jpg" alt="couverture" width="185" /></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Animé par Patrice Maltaverne et l’association <em>Le Citron Gare</em>, ce poézine à la pagination aléatoire est ouvert à tous, proposant poèmes et dessins, que les auteurs signent de leur adresse courriel, site et / ou blog. Si l’on ajoute à ces pistes de mise en relation les mentions que P. Maltaverne donne en 4<sup>e</sup> de couverture des quatre liens menant vers quatre blogs de créations et d’archives, on mesure l’heureux paradoxe de cette revue « papier » qui travaille avec Internet et ses possibles. Quant aux textes offerts, je m’interdirai d’en juger car, et c’est une vertu que la revue travaille, l’absence de thématique renvoie chaque lecteur à sa perception personnelle de tel ou tel poème, dans un désordre volontaire et assumé. Quel que soit, par ailleurs, le jugement critique que l’on pourrait porter sur une poétique très centrée sur l’hallucination de soi (parfois pour le meilleur), il faut affirmer que ce type de revues est absolument indispensable dans la culture poétique contemporaine.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;"><strong><em>Transkrit</em></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cahiercritiquedepoesie.fr/images/couvertures/31-3/BOUDIER-Transkrit2.jpg" alt="couverture" width="185" /></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: BodoniStd; font-size: 14pt;">Plusieurs temps forts dans cette livraison avec, et ce n’est pas fréquent, un cahier photos de Carole Reckinger présentée par Jean Portante, « L’œil violemment doux de C. Reckinger », qui témoigne de la violence policière à la fois au Luxembourg ou en Corée du Sud avec une frontalité exceptionnelle. Ce qui se voit, ce qui s’écrit dans ces photographies n’est pas sans liens avec ce qui se joue dans les textes présentés ici. Par exemple, chez Steffen Popp (traduit par François Mathieu, Lucie Taïeb et Aurélie Maurin), dont les poèmes se nourrissent d’images très fortement structurées au profit de l’expression d’un contenu souvent politique, au sens le plus intense d’une tension entre écriture et rapport au monde. Ou chez la poétesse colombienne Piedad Bonnett, dont Jean Portante, qui signe les traductions, souligne la capacité à « taire presque tout, dire le presque rien (…) à sentir qu’il y a, à l’intérieur, un monstre qui attend chaque jour sa ration » … celle « des ombres insupportables sur les parois de la vie. » Enfin avec <em>L’excursion</em>, d’Elisa Biagini qui dans ce poème, se détachant des influences américaines, trouve à mes yeux ici un équilibre excitant entre le minéral archaïque et le corps présent au monde : « t’enlever le fil / rouge de l’omoplate, / te suivre dans les / os de la / terre, // nous, / refoulés par la lumière ».<br />
Sans oublier que la revue s’ouvre sur un beau cahier de traductions (Odile Kennel) d’une série de poèmes d’Ariane Dreyfus, <em>Les mots viendraient / Worte würden kommen</em>.</span></p>
</div></div><div class="panel widget widget_text" id="panel-5206-0-1-2">			<div class="textwidget"><p></br><br />
</br></p>
</div>
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N° 23<br />
98 p., 12,50 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-5206-0-2-1"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://www.akenaton-docks.fr/" target="_blank">Doc(k)s</a><br />
4ème Série<br />
N° 21/22/23/24<br />
446 p. + DVD, 50,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-5206-0-2-2"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://www.europe-revue.net/" target="_blank">Europe</a><br />
N° 1031 et n° 1033<br />
366 p., 20,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-5206-0-2-3"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://www.maisondelapoesie-nantes.com/htm/gm.htm" target="_blank">Gare Maritime 2015</a><br />
Maison de la poésie de Nantes<br />
112 p. + DVD, 17,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-5206-0-2-4"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="https://passagersdesvents.wordpress.com/la-revue-intranquillites-2/" target="_blank">intranQu’îllités</a><br />
Hors-série I et II<br />
Passagers des vents<br />
200 p., 20,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-5206-0-2-5"><div class="textwidget"><div align="left"><strong>Jouer</strong><br />
N° 1<br />
Bulletin Jacataqua<br />
64 p. au format PDF, <a href="mailto:jacataqua.bulletin@gmail.com" target="_blank">hors commerce</a></div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-5206-0-2-6"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://revuemuscle.tumblr.com/" target="_blank">Muscle</a><br />
N° 3, 4 et 5<br />
8 p. par numéro, 3,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-5206-0-2-7"><div class="textwidget"><div align="left"><strong>Pro Memoria</strong><br />
N° 6<br />
96 p., 6,50 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-5206-0-2-8"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://revue-resonancegenerale.blogspot.fr/" target="_blank">Résonance Générale</a><br />
N° 7<br />
L’Atelier du Grand Tétras<br />
184 p., 12,00 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce" id="panel-5206-0-2-9"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://traction-brabant.blogspot.fr/" target="_blank">Traction-Brabant</a><br />
N° 62<br />
52 p., 2,40 €</div>
</div></div><div class="panel widget widget_black-studio-tinymce panel-last-child" id="panel-5206-0-2-10"><div class="textwidget"><div align="left"><a href="http://kulturfabrik.lu/fr/projets-residences/publications/transkrit/" target="_blank">Transkrit</a><br />
N° 07<br />
Kulturfabrik<br />
204 p., abonnement 3 n°/35,00 €</div>
</div></div></div></div>]]></content:encoded>
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